Affichage des articles dont le libellé est P. Brecq. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est P. Brecq. Afficher tous les articles

samedi 19 octobre 2019

la revue internationale pour les nuls


Les cahiers de l’unité, la revue internationale pour les nuls - n° 15

La revue « Cahiers de l’unité (l’Unité…) »  poursuit à pas comptés (lourdement = 43,50 euros + taxes et frais de livraison) sa ridicule stratégie. Quatrième année, quinzième numéro d’une revue vendue en ligne chez LULU.COM et saucissonnée sur son site attitré.
Cette revue « trimestrielle », [« internationale et francophone » (selon LULU)],  s’adresse exclusivement à ceux qui sont capables de comprendre les principes métaphysiques et d’en tirer les conséquences.
On ne peut penser qu’après toutes ces années la cible n’a pas été atteinte et que les lecteurs « capables de comprendre » sont tous des abonnés inconditionnels et qu’il n’est donc plus nécessaire de mettre en ligne des fragments d’articles. Une table des matières devrait suffire et rien d’autre. Mais non, M. Gayat tient absolument à reproduire intégralement son éditorial et puis MM. Gayat, Brecq , X ou Y pourrait ainsi échapper au ridicule international de reproduire une prose où leurs incohérences et leurs bêtises  s’étalent en toutes lettres bien visibles.
Comme le montre la présentation sur LULU, ce qui compte le plus dans ce numéro 15 c’est la fin du compte rendu de M. Stanislas Ibranoff  (l’un des quatre membres du comité de rédaction et donc une grosse pointure)
« N° 15 de la revue internationale francophone consacrée aux expressions régulières de la conscience de l’unité essentielle des (« de toutes les » sur le site attitré) formes traditionnelles. Compte rendu critique à propos de René Guénon et du Tantrisme comme Cinquième Vêda, avec deux textes inédits en français sur Mâ Ananda Mayi. »( http://www.lulu.com/shop/2019-juillet-août-septembre/n-15-cahiers-de-lunité/paperback/product-24256611.html )
Mais pourquoi M. Ibranoff n’a pas exigé la censure intégrale de son compte rendu ? Il n’aurait ainsi réservé ses âneries qu’aux abonnés inconditionnels qui « comprennent tout ». Voila ce qu’il écrit au grand jour  pour la planète toute entière :
« Un autre cas spirituel qui présente une étroite analogie avec celui de Shrî Râmana Maharshi est celui de Shrî Mâ Ananda Mayî. Elle aussi ne semblait exercer qu’une « action de présence », et paraissait également ne pas avoir de disciples au sens strict et technique du terme. Pourtant, elle transmettait également une initiation qui était cachée à la plupart. Certains de ceux qui l’ont reçue sont encore vivants aujourd’hui. » (https://www.cahiersdelunite.com/3-rg-et-la-tr-hindoue-fabb)
M. Ibranoff utilise le terme «  analogie ». Il n’ignore pas que la loi de l’analogie universelle est le fondement de toute correspondance symbolique. Mais alors comment doit-on comprendre son texte ? Le « cas spirituel » de Râmana Maharshi s’inscrirait dans un rapport étroit d’analogie avec celui de Mâ Ananda Mayî. Mais comment s’établit la correspondance ? Un homme correspond à une femme. Une réelle action de présence correspond à une apparence d’action de présence (« semblait »). Une absence stricte de disciples correspond à une existence de multiples disciples faussement cachés puisqu’on peut les connaître et qu’ils sont même encore vivants aujourd’hui. Comment doit-on comprendre selon M. Ibranoff cette analogie ? Le « cas spirituel » de Mâ Ananda Mayî est-il l’étroit contraire de celui de Râmana Maharshi ? C’est ce que son texte paraît nous dire. Cette incohérence est-elle le fruit d’un simple effet littéraire de transition ? Après avoir parlé de Râmana Maharshi dans sa précédente intervention (n° 14 de la revue internationale), il doit maintenant parler de Mâ Ananda Mayî et la littérature demande toujours un effet de style alors voilà sans doute pourquoi Rânama Maharshi  doit faire « analogie » parce que cela impressionnera le lecteur,  une belle formule érudite pour ceux qui sont capables de comprendre les principes métaphysiques et d’en tirer les conséquences. Mais la difficulté c’est qu’il n’y a aucune correspondance. Nous ne pouvons que conseiller au comité de rédaction et à M. Gayat  le directeur de masquer au plus vite ce texte d’autant que le paragraphe suivant également visible est tout aussi contestable.
« En relation avec l’emploi par Mâ [Ananda Mayî] des termes khanda et akhanda [indivis], je lui ai demandé : “Lorsque vous êtes dans votre forme absolue, pouvez-vous avoir connaissance de nous ?” La question provoqua l’apparition d’une expression solennelle sur son visage. Elle [Mâ Ananda Mayî] répondit : “Ce sont des choses que je ne divulgue (le texte original relue par M. Brecq indique divulge) pas à tous, elles ne franchissent pas mes lèvres en présence de tous. Mais je vais vous les dire. Vous avez posé la question et la réponse vient sur mes lèvres. C’est sans doute parce que vous pouvez les comprendre ».
On voit ici que la personne, « l’initié !!, et le disciple bavard », qui a questionné Mâ Ananda Mayî en privé n’a même pas compris que ce qui lui était déclaré ne devait pas être connu par « tous ». On devrait ainsi ne surtout pas connaître cette réponse. Et M. Ibranoff semble lui aussi ne pas avoir compris que justement ce qu’il y avait à faire c’était de ne rien reproduire de ce témoignage indiscret. Il fallait garder le silence… Visiblement les grands initiés de la revue internationale ne savent même pas se comporter avec le minimum de respect de la parole d’autrui et ignorent la valeur spirituelle du silence.

jeudi 1 novembre 2018

Tantrisme ou pseudo-tantrisme ?


Tantrisme ou pseudo-tantrisme ?


Le Tantrisme est vraiment à la mode. Il reste neutre face à l’affrontement des représentants modernes des traditions du Livre. De très nombreux sites sur internet lui sont dédiés. Et la revue Cahiers de l’Unité lui offre ainsi une place de choix.

M. Marc Brion qui se présente comme très informé des secrets les plus secrets puisqu’il sait tout de la génération spirituelle de René Guénon…(https://www.cahiersdelunite.com/generation-spirituelle-guenon), même si ce dernier n’a jamais rien indiqué à la différence de Râmana Maharshi notamment, nous livre dans le numéro 3 des Cahiers de l’Unité le secret des « Cinq Makâras ».


Cette revue recrute des auteurs extrêmement compétents, capables de donner les « expressions + régulières + de la conscience + de l’unité + essentielle de + toutes +  les formes traditionnelles ». Et ses auteurs « sont capables de comprendre les principes métaphysiques et d’en tirer les conséquences ». On attend donc de M. Brion quelque chose de particulièrement brillant comme son nom (ou son pseudonyme ?) nous le laisserait entendre.

Nous allons donc parcourir son article et oser le commenter.

La note 1 nous apprend que la description complète de ce rite tantrique  n’existe pas en raison de son caractère secret. On ne comprend pas alors si M. Brion va nous révéler ce secret ou au contraire entériner le fait qu’il est secret et donc qu’il n’a pas grand-chose, sinon rien, à en dire.

Dans sa simple traduction du titre, M. Brion n’est déjà pas très clair. Pancha-Makâras signifierait « Cinq M » [cela fait un peu penser au nom d’un groupe de rap «5 M » ou au « Chanteur M »]. Pancha correspond bien au nombre cinq mais Makâra ne peut pas être simplement traduit par « M ». Dans son analyse, M. Brion mentionne « kara » et non « kâra » et de plus il le traduit par « faire » ce qui est erroné. C’est la racine KRi (K et r voyelle) qui correspond au verbe « faire », « kara » tout comme « kâra » ne sont que des dérivations, signifiant respectivement  « ce qui fait » et « ce qui est la nature de ce qui fait = l’acte ». M. Brion n’a pas bien relu son texte puisqu’il oublie la voyelle longue (et donc l’accent circonflexe). Il parle ainsi de Ma-kara et non de Ma-kâra. Il s’agit donc des cinq rites par le son Ma (il n’y a pas vraiment de lettres en sanscrit mais uniquement des syllabes, la voyelle  « a » pouvant être modulée vers une autre voyelle).

M. Brion nous explique alors que cette pratique rituelle consiste à consommer pour les initiés de la viande, du poisson, du vin, des céréales grillées et à pratiquer l’union sexuelle. Hyper cool donc… Dans une note, M. Brion fait une longue citation (souligné par nous) :

« Voici comment une autre modalité, bien connue au demeurant et généralement désignée comme dakshinâchâra, a été évoquée oralement, en 1994, par une tantrika de Bakreshwar, au Bengale-Occidental : Les tantrikas « méditent sur les pañchamakâras, lesquels ont beaucoup de significations secrètes. Par exemple, madya n’est pas le vin, mais plutôt une [technique] spéciale de respiration (prânâyâma) qui emplit de puissance. Mâmsa (viande) signifie “silence”, c’est-à-dire le contrôle de la parole, tandis que matsya (poisson) représente le déroulement de l’énergie de la kundalinî qui ressemble à un poisson quand elle est éveillée (jagrata) […] Maithuna [acte sexuel] est la montée et la descente de la kundalinî dans la colonne vertébrale, lesquelles unissent les côtés droit et gauche, les moitiés masculine et féminine de la personne. Mûdra [céréales] désigne la transe [le samâdhi ou « enstase »] spontanée lorsque l’Esprit universel [le « Suprême Soi »] (Paramâtmâ) et l’“âme vivante” (jîvâtmâ) sont unis. Les relations des différents doigts de la main, auxquels la plupart des gens pensent quand il est question de mûdras, représentent en réalité ces rapports à un degré plus profond. Par exemple, le pouce représente l’Esprit universel [le « Suprême Soi »] et l’index correspond au “moi individuel” ; le mudrâ lors duquel ils se touchent représente leur union. Le troisième doigt [le médius] est Shaktî, le quatrième est Shiva et le cinquième est Dakini ou Yoginî. Les mudrâs surviennent spontanément lorsque les gens sont en transe [en samâdhi] ». »

S’agit-il du fameux secret qui nous est révélé par cette tantrika bengalaise ?  Non, mais un simple jeu de correspondances, certaines un peu douteuses, que l’on pourrait multiplier indéfiniment sans rien dire sur le fond ni parvenir à bien grand-chose.

M. Brion va alors nous distiller de longues citations de l’œuvre de René Guénon. Il explique ainsi ce qu’est un rite, un symbole, etc. Puis il va dénoncer les erreurs modernes concernant le tantrisme avec toujours de longues citations de l’œuvre de René Guénon.

Il en vient à écrire ceci:

« Le rite des « Cinq M » est une méthode de réalisation qui relève des applications « techniques » de la doctrine dans sa dimension ésotérique. Il entre d’autant moins en conflit avec la smriti qu’il est normalement strictement secret. »

Puis en note (souligné par nous) :

     «  À notre époque, en Inde, sous la pression et les menaces de l’exotérisme, de sa variante déviée de caractère politico-idéologique puritaine, de l’influence occidentale ou des « clubs communistes contre la superstition », les doctrines et les méthodes du véritable Tantrisme ne sont pas secrètes désormais, comme ce fut toujours plus ou moins le cas, mais extrêmement secrètes. »

Logiquement, M. Brion ne devrait plus pouvoir nous dire quoi que ce soit sauf à nous parler du pseudo-tantrisme, le seul que l’on connaisse aujourd’hui. Mais pourtant il poursuit, on peut ainsi lire un peu plus loin (souligné par nous) :

« Certains ont voulu expliquer le rituel des « Cinq Makâras » par la nécessité de dépasser l’attachement à des formes extérieures ou pour « transcender le pur et l’impur », mais ces aspects ne peuvent avoir qu’un rôle subsidiaire puisque les rites ésotériques ne sont pas dépendants de l’exotérisme. Comme nous l’avons vu, le rite relevant exclusivement du domaine initiatique, la transgression ne peut être qu’apparente. Évidemment, nous ne parlons pas des déviations ou des parodies du rite qui, elles, sont transgressives puisqu’elles relèvent du domaine de l’erreur. Si la « transgression », envisagée à des fins spirituelles, était la raison d’être de ce rite, toutes ses composantes seraient interdites par les lois qui régissent le domaine exotérique, or ce n’est pas le cas. Ainsi, la consommation de céréales (mudrâ) n’a strictement rien de transgressif pour aucun des membres de la tradition hindoue. Pour la viande (mâmsa) et le poisson (matsya), la question est beaucoup moins tranchée et plus complexe qu’on ne le croit en général, mais ce caractère est également inexistant pour une partie des membres de la tradition hindoue admis à l’initiation, ne serait-ce notamment que pour les shûdras et les chândâlas, et aussi pour les mlecchas, même si ceux-ci ne furent jamais qu’une minorité. En tout cas, on peut remarquer qu’il n’a un tel caractère que pour les hindous smârtas (qui suivent strictement la smriti). »

On peut se demander si M. Brion sait de quoi il parle et de qui. Ainsi moins on est qualifié et plus on est apte à suivre la voie tantrique, très adaptée donc aux basses castes, aux hors castes et aux étrangers à la tradition hindoue. On croirait entendre le discours d’un évangéliste qui vous promet le Paradis pour tous et sans effort. Nous avons affaire à une sorte de tantrisme pour les nuls tout à fait en accord avec la grande illusion propre à la fin du Kali-Yuga.

M. Brion comme la tantrika du Bengale paraît apprécier lui aussi les correspondances improbables comme par exemple à propos des « Trois M » (Tri-Ma), Mâmsa, Madya et Maithuna. Il indique en note :

« La réduction des cinq offrandes (upachâra) à trois, qui sont les plus importantes, est à mettre en correspondance avec les trois mondes : sensible, subtil et spirituel. »  

Puis un peu plus loin, avec une assurance totale, il dépose toutes ces correspondances d’une traite :

« Les « Cinq M » correspondent ainsi aux cinq sens et aux cinq Éléments : Mudra, céréale, au sens de l’odorat et à l’élément Terre ; Matsya, le poisson, au goût et à l’élément Eau ; Madya, le vin, à la vue et au Feu ; Mâmsa, la viande, au toucher et à l’Air ; Maithuna au sens de l’ouïe et à l’Éther. Le rite des « Cinq Makâras » représente en réalité un processus de résorption des différents éléments constitutifs de la manifestation individuelle dans leur principe. Il offre ainsi la possibilité de sortir des conditions individuelles en s’affranchissant des déterminations particulières et limitatives (upâdhi) de l’existence corporelle, qui sont regardés comme autant de liens. Loin d’encourager ou de promouvoir ce dont les profanes l’accusent, à savoir un prétexte à des comportements hédonistes et licencieux ou à une exacerbation déréglée des sens, le Tantrisme, avec le rite initiatique des Pañcha-Makâras, vise au contraire à la disparition ordonnée de toute « sensualité ». »  

Et ainsi nous avons droit à sa note 48 en rapport avec les conditions individuelles (souligné par nous) :

 « À partir des doctrines hindoues, René Guénon a établi les correspondances existant entre les cinq éléments et les cinq sens dans « Kundalinî-Yoga » et dans « La théorie hindoue des cinq éléments » : à la Terre correspond l’odorat ; à l’Eau, le goût ; au Feu, la vue ; à l’Air, le toucher et à l’Éther, l’ouïe. Il a également mis les éléments et les sens en correspondance avec les cinq conditions de l’existence corporelle : l’espace, le temps, la matière (dont le nombre est le véritable fondement), la forme et la vie; ce que Palingénius réunit en une seule définition en disant qu’un corps est « une forme matérielle vivant dans le temps et dans l’espace » (« Les conditions de l’existence corporelle », La Gnose, 1912, p. 10). Dans ce texte, il a établi que le temps correspond à l’Éther et au sens de l’ouïe, l’espace étant en correspondance avec l’Air et au sens du toucher (Sur le rôle du sens du toucher dans le Tantrisme, cf. Ernst Fürlinger, The Touch of Śakti. A Study in Non-dualistic Trika Śaivism of Kashmir, New Delhi, 2009). La publication de la revue La Gnose ayant été interrompue, la suite de son étude n’a pas été publiée, ni sans doute rédigée. Il n’a donc pas donné les autres correspondances. On pourrait néanmoins considérer que la forme correspond au Feu et à la vue, la vie à l’Eau et au goût, et le nombre (ou la matière) à la Terre et à l’odorat. Cependant, d’après quelques notes de Guénon remontant à fin 1910 - début 1911, mais auxquelles on ne peut toutefois pas donner un caractère définitif en raison de leur nature apparemment « provisoire », et qui figurent dans un document aimablement communiqué par M. Brecq intitulé : « Les conditions de l’existence corporelle. Correspondances avec les sens et les éléments », la matière (ou le nombre) correspondrait à l’Eau et au goût, et la vie à la Terre et à l’odorat. Quoi qu’il en soit, ces cinq conditions sont celles dont l’ensemble définit l’existence corporelle, qui est naturellement prise comme point de départ pour la réalisation aboutissant à la Délivrance. Celle-ci implique que l’être est libéré du temps, de l’espace, du nombre (qui est la base de la « matière »), de la forme et de la vie (même si cette Délivrance est accomplie « dans la vie »). »

M. Brion fait ainsi passer René Guénon pour un parfait idiot, pour un auteur qui ne sait pas ce qu’il veut et doit écrire, qui patauge. On ne peut pas être plus méprisant. Ainsi avec l’amabilité extrêmement suspecte de M. Brecq, Marc Brion cherche à porter un rude coup à la crédibilité de l’œuvre de René Guénon.

D’après lui il n’y a que pour René Guénon que ce n’est pas évident. D’après lui donc René Guénon n’y comprend rien. René Guénon n’étant plus là pour le remettre à sa place, alors M. Brion, à qui on ne demande rien, s’autorise à pérorer. Et puis il a eu connaissance de ce document manuscrit top secret : « Les conditions de l’existence corporelle. Correspondances avec les sens et les éléments » détenu par M. Brecq et alors René Guénon n’est plus qu’un jouet qu’on manipule. Attitude répugnante qui sent le soufre. M. Brion déclare : « quoiqu’il en soit », en gros il s’en moque complètement de ce que peut bien écrire René Guénon. Mais alors pourquoi écrire cette note, puisqu’il ne sait rien. Dans un cas comme cela, on se tait. Mais non, M. Brion se gargarise avec cette orgie tantrique de citations de l’œuvre de René Guénon, pour lui il n’est qu’un faire-valoir, mais sur le fond il se moque complètement de cette œuvre.

Ainsi René Guénon qui avait établi cette liste avec toute l’étendu de sa Connaissance n’aurait pas su lui-même à quoi elle pouvait bien correspondre. Cette liste n’est pas le fruit d’une traduction de termes orientaux. Cette liste a été élaborée avec des termes en français et seulement en français. Chaque terme a été minutieusement choisi par René Guénon et par lui seul.

Et c’est M. Brecq qui a donné tous les éléments utiles à cette déstabilisation mémorable. M. Brecq qui passe son temps à s’auto-décerner toutes les imprimaturs, qui déclare agir avec toutes les autorisations officielles, qui est le plus « traditionnel » parmi les représentants de la tradition. M. Brecq, qui doit tout à René Guénon, ne trouve rien de mieux à faire que cette ânerie pour le remercier. L’âne qui porte des reliques. On l’a vu faire cette déclaration (Cahiers de l’Unité, n°3 https://www.cahiersdelunite.com/postface-orient-occident, note 19) :

« Puisque l’occasion nous est donnée, nous nous permettrons d’ajouter que plusieurs auteurs, alors qu’ils rédigeaient telle ou telle de leurs études, nous ont sollicité pour savoir si René Guénon avait écrit sur certains sujets précis en dehors de ses ouvrages. Dans la mesure où leurs travaux présentaient les garanties d’orthodoxie traditionnelle, nous avons toujours répondu favorablement aux demandes qui nous ont été faites. C’est ce qui explique que l’on trouve dans leurs livres ou articles des passages de Guénon provenant de notre fonds de textes inédits.

Mais quand va-t-il cesser ce petit jeu funeste, cette singerie. M. Brion présente-t-il vraiment toutes les garanties d’orthodoxie traditionnelle ? Et M. Brecq peut-il en être juge ? Quand enfin prendra-t-il conscience qu’il serait temps de faire quelque chose d’honnête et de sensé avec SON fonds de manuscrits ? Quand prendra-t-il conscience qu’il n’est pas René Guénon et qu’il n’en a certainement pas l’autorité ?

L’œuvre imprimée et manuscrite de René Guénon


L’œuvre imprimée de René Guénon



Nous ne sommes plus au Moyen-âge et par conséquent l’œuvre primitivement manuscrite de René Guénon n’est pas passée entre les mains des copistes d’un scriptorium. Son œuvre est une œuvre imprimée et uniquement imprimée. Ce n’est pas un discours oral, ni une œuvre calligraphiée mais une œuvre passée résolument entre les mains des typographes. Pour cette œuvre c’est l’imprimé qui fait autorité.

Nous ne sommes plus au temps des ouvrages copiés sur parchemin. Le codex qui avait remplacé le volumen, comme le papyrus (végétal) avait remplacé le parchemin (animal), n’est plus d’actualité. Le papier (mécanique) a tout supplanté : passé sous la presse qui exprime l’encre, le texte y laisse alors son empreinte qui peut se décliner à des milliers d’exemplaires uniformisés.

Sur des parchemins, voilà comment Dante pouvait conserver ses œuvres. Un poème prononcé en public ou écrit de la main du poète pouvait aboutir à diverses copies manuscrites faites aussi bien de mémoire. Ainsi se diffusait cet œuvre  parmi les lettrés de l’époque. Celui qui voulait lire une des œuvres de ce célèbre poète ne pouvait le faire que s’il en obtenait une copie manuscrite en espérant qu’elle soit aussi fidèle que possible aux manuscrits écrits de la main de Dante. Boccace aura ainsi copié la Commedia dont on a conservé le précieux manuscrit (https://www.wdl.org/fr/item/10650/).

Ceux qui ont lu René Guénon ont lu ses articles et ses livres tous imprimés et parus chez divers éditeurs. La version qui fait autorité est donc celle qui est imprimée quoique l’on dise. Pour un texte donné on peut envisager deux possibilités. Ce texte n’a connu qu’une édition du vivant de l’auteur et c’est ce texte unique qui fait référence (l’auteur ayant pu éventuellement faire connaître un errata de son vivant). Si le texte a connu plusieurs éditions sa forme ultime (dernière édition revue par l’auteur) représente la version de référence. Mais on aura alors à en relever les variantes qui devront être signalés dans la réédition posthume de l’œuvre puisqu’une partie des lecteurs de cette œuvre en auront connu les premières versions.

Lorsqu’un auteur s’en remet à la technique de l’imprimerie mécanique, il en devient tributaire. Certaines choses lui échappent alors. L’auteur a beau faire tout ce qu’il peut pour relire les épreuves et signaler les erreurs et coquilles, c’est l’imprimeur qui a le dernier mot au propre comme au figuré. On peut à ce titre penser à Erasme qui préférait dormir au plus près de la presse pour être bien certain que les corrections seraient faites. René Guénon n’a jamais dormi à ma connaissance chez son imprimeur. Ses livres pour être imprimés sont passés entre d’autres mains que les siennes et lui ont en quelque sorte échappé. Lorsqu’ils sont en librairie, les livres n’appartiennent plus alors qu’aux lecteurs potentiels. Ce que chacun a connu de l’œuvre de René Guénon c’est ce qui a été effectivement imprimé, ce n’est pas toujours ce qu’il avait primitivement écrit dans ses manuscrits. Et c’est bien la providence divine mais aussi le destin qui en ont ainsi déterminé la forme définitive.

Maintenant quelle peut être la place des manuscrits éventuellement conservés des textes qui ont été imprimés et publiés ? Ces manuscrits lorsqu’ils ont été conservés n’ont qu’une valeur complémentaire et ne sont pas la référence. L’œuvre imprimée seule domine et fait autorité. On ne peut ainsi entériner la démarche de M. Brecq qui a publié notamment dans le numéro 3 des Cahiers de l’Unité une édition qu’il déclare comme « première édition complète - 1925 » d’un article de René Guénon publié dans la revue le radeau. (https://www.cahiersdelunite.com/orient-et-occident)

Il n’y a de ce texte qu’une seule véritable édition : celle publiée en 1925, celle que l’on peut lire dans les exemplaires de la revue parus à cette époque. René Guénon, à ma connaissance, n’ayant pas fait paraître par la suite d’errata, c’est cette seule édition imprimé en 1925 sur papier qui fait autorité. D’après M. Brecq, René Guénon aurait indiqué dans un courrier que son texte avait été abrégé. M. Brecq qui, nous dit-il, dispose du manuscrit de ce texte peut ainsi reproduire ces passages manquants. Fort bien, c’est fantastique. Mais sur le fond cela ne change rien. On ne peut aller contre la volonté du Ciel. La seule véritable version, la seule « première édition », de ce texte est bien celle imprimée en 1925.

M. Brecq voudrait réécrire l’histoire et aller contre cette volonté. La seule chose adéquate qu’il puisse faire, c’est de republier le texte tel qu’il a été imprimé dans la revue le radeau et y joindre un ensemble de notes pour y indiquer les variantes constatées avec le texte manuscrit dont il dispose (variantes qui peuvent être aussi bien des oublis que des ajouts). Que ferait M. Brecq s’il constatait qu’un passage dans la version imprimée validée par René Guénon d’un autre texte ne figure pas dans la version manuscrite dont il dispose ? Il publierait alors une « première édition incomplète ».

M. Brecq n’est pas le seul à prendre des libertés avec l’œuvre de René Guénon. Nous devons rappeler le cas beaucoup plus grave que l’on a pu constater dans la traduction anglaise de l’ouvrage posthume publié sous le titre français Symboles fondamentaux de la Science sacrée.

Dans l’édition intitulée « Fundamental Symbols, the Universal Language of Sacred Science », (Compiled and edited by Michel Vâlsan, translation by Alvin Moore Jr, revised and edited by  Martin Lings),  publiée par les éditions Quinta Essentia, (en ligne actuellement ici : https://fr.scribd.com/document/99174310/Rene-Guenon-Fundamental-Symbols-the-Universal-Language-of-Sacred-Science), on peut lire concernant l’article La Science des Lettres:

« It is a question, therefore, of that primeval Syria of which Homer speaks as a insland ’beyong Ortygia’ (which identifies it with the Hyperborean Tula), an island ‘where are the revolutions of the sun’.

Avec une note de l’Editeur qui débute ainsi:

« Odyssey, 15, 403-4. For Ortygia the French edition has Ogygia (the Isle of Calypso) which is clearly a mistake… »

L’Editeur de sa propre autorité corrige donc René Guénon estimant qu’il a commis une erreur.

La même situation (texte directement modifié mais sans l’ajout d’une note) se retrouve concernant l’article intitulé la Terre du Soleil.

Signalons que dans l’édition intitulée Symbols of Sacred Science, publié par les éditions Sophia Perrennis, (traduction de Henry Fohr), ces articles sont traduits sans commentaire et en respectant le texte original.

Voyons plus précisément ce qui figure dans la version française de ces textes.

Dans l’article intitulé La Science des lettres publié en février 1931 dans Le Voile d’Isis (repris SFSS, ch. VI, p. 69), René Guénon écrit:

« Il s’agit donc de cette Syrie primitive dont Homère parle comme d’une île située "au-delà d’Ogygie", ce qui l’identifie à la Tula hyperboréenne, et "où sont les révolutions du Soleil". D’après Josèphe, la capitale de ce pays s’appelait Héliopolis, "ville du Soleil", nom donné ensuite à la ville d’Égypte appelée aussi On, de même que Thèbes aurait été tout d’abord un des noms de la capitale d’Ogygie. »

Dans l’article intitulé La Terre du Soleil publié en janvier 1936 dans les Études Traditionnelles (repris SFSS, ch. XII, p. 116), il rappelle ce qu’il avait écrit dans La Science des lettres:

« la Syrie primitive dont le nom signifie proprement la "terre solaire", et dont Homère parle comme d’une île située "au-delà d’Ogygie", ce qui permet de l’identifier qu’à la Thulé ou Tula hyperboréenne; et "là sont les révolutions du Soleil", expression énigmatique qui peut naturellement se rapporter au caractère "circumpolaire" de ces révolutions (...) »

Si l’on se reporte à l’Odyssée (XV, 403-404), on peut y lire:

« (...) On appelle Syrie (Surih) une île qui se trouve au-delà (en haut, au-dessus) d’Ortygie (Ortugia), où sont les révolutions (tropos) du Soleil. »

René Guénon  a donc résolument remplacé le nom d’Ortygie par celui d’Ogygie dévoilant ainsi ce qu’Homère avait laissé dans l’obscurité. A notre connaissance, l’île d’Ortygie n’est jamais mentionnée dans son œuvre. Ce nom ne serait donc qu’une simple émanation beaucoup plus récente de celui d’Ogygie qui d’une certaine façon ne serait là que pour le dissimuler ou pour le refléter.

On pourra consulter notre article publié sur ce blog intitulé Ortygia - Syracusa – Sicilia

Dans l’Odyssée (chant V, v. 55), on nous parle d’une île qui est « au bout du monde », où, dans une « grande caverne », la nymphe Calypso avait fait sa demeure. On doit comprendre que cette île est celle d’Ogygie. Le nom « calypso » peut être rapproché du verbe kaluptein qui signifie « cacher ».

René Guénon dans son ouvrage sur le Roi du Monde, (ch. IX) indique:

« Cette division de l’Irlande en quatre royaumes, plus la région centrale qui était la résidence du chef suprême, se rattache à des traditions extrêmement anciennes. En effet, l’Irlande fut, pour cette raison, appelée l’« île des quatre Maîtres », mais cette dénomination, de même d’ailleurs que celle d’« île verte » (Erin), s’appliquait antérieurement à une autre terre beaucoup plus septentrionale, aujourd’hui inconnue, disparue peut-être, Ogygie ou plutôt Thulé, qui fut un des principaux centres spirituels, sinon même le centre suprême d’une certaine période. »

Et dans l’article intitulé Le symbolisme des cornes publié en novembre 1936 dans les Études Traditionnelles (repris SFSS, ch. XXVIII, p. 203, note 1), il écrit:

« La mer qui entourait l’île d’Ogygie, consacrée à Karneios ou à Kronos, était appelée mer Kronienne (Plutarque, De facie in orbe Lunæ); Ogygie qu’Homère appelle "le nombril du Monde" (représenté plus tard par l’Omphalos de Delphes) n’était d’ailleurs qu’un centre secondaire ayant remplacé la Thulé ou Syrie primitive à une époque beaucoup plus proche de nous que la période hyperboréenne. »



L’œuvre manuscrite de René Guénon


Toute l’œuvre de René Guénon est manuscrite, rien de mécanique. C’est seulement lorsqu’elle tombe entre les mains des imprimeurs qu’elle se typographie.

Elle est éminemment synthétique. Dès les premiers textes tout est déjà en place. L’expression en sera simplement de plus en plus maîtrisée aux cours des différents cycles de l’écriture. On peut ainsi suivre la mise en forme définitive des livres dans le réemploi des articles parus dès les origines. Comme ceux de La Gnose ou de la FAM qui aboutiront à des livres comme Le Symbolisme de la Croix ou L’Esotérisme de Dante.

Pour prendre une expression du langage commercial, la production des textes de René Guénon s’est toujours faite à « flux tendu ». On le comprend lorsqu’en décembre 1950, la rédaction des Etudes Traditionnelles fera paraître cette note :

« Le travail de M. René Guénon ne nous étant pas parvenu en temps opportun pour le présent numéro, nous pensons intéresser nos lecteurs en publiant la traduction d’un article de notre éminent collaborateur paru dans une revue arabe il y a une vingtaine d’années ».

Aucun article n’était en attente. Et René Guénon souffrant n’avait visiblement pas d’articles déjà prêts à envoyer. On peut donc penser qu’il n’a pas laissé d’articles totalement inédits. Ce que l’on pourrait s’attendre à retrouver ne devrait être que des versions d’articles prévues pour paraître et qui pour une raison ou pour une autre n’ont pas été publiés à ce moment convenu. Ces articles demeurés alors inédits ont très vraisemblablement fait l’objet d’un réemploi plus ou moins complet sous une forme légèrement modifiée selon l’habitude de leur auteur.

René Guénon a donc pu, en plusieurs cycles, exposer et faire imprimer de façon satisfaisante tout ce qu’il convenait de dire pour apporter aux Occidentaux cette doctrine qui leur faisait si cruellement défaut depuis déjà plusieurs siècles.

Connait-on l’histoire des manuscrits de René Guénon ?

Au tout début de l’année 1986, notre adresse avait été communiquée à M. Patrice Brecq qui, comme nous, cherchait à rassembler tous les textes de René Guénon non encore repris dans les ouvrages posthumes. Dans le courant de l’année 1986, nous avions ainsi communiqué à M. Brecq des copies de textes que nous avions rassemblés et qui lui manquaient. Plus de dix ans plus tard, en juin 1998,  M. Brecq a repris contact avec nous pour nous demander de le renseigner sur la publication d’une revue où nous avions partie prenante. Et enfin nos échanges épistolaires ont définitivement pris fin avec cette lettre d’octobre 1999, où M. Brecq nous avez fait part d’une nouvelle assez incroyable :

« Au sujet de la recherche des articles publiés par René Guénon, mais non repris à ce jour dans les ouvrages posthumes, je me permets de vous informer que, depuis quelques temps, je suis en relation régulière avec quelqu’un qui possède l’intégralité des écrits de Guénon. Non seulement il détient les textes que vous et moi cherchons depuis bien des années, mais encore il conserve les manuscrits originaux des livres, articles, comptes rendus publiés ; de très nombreux documents inédits écrits par Guénon lui-même, ainsi que des correspondances (lettres originales ou copies).

Mon intention de rassembler les écrits publiés, mais épars, de René Guénon est devenue caduque : je ne peux que m’effacer devant le projet de celui qui possède tout le « dépôt écrit » guénonien, et qui est aussi la personne la plus à même de réaliser l’édition de l’ « Œuvre complète », alors que je ne puis prétendre, de mon côté, qu’à une publication intéressante, mais bien partielle.

D’autre part, si j’ai eu l’occasion de consulter, notamment, les numéros de la revue « El Ma’rifah », et de lire aussi les articles manuscrits de « Vers l’Unité », je n’en possède toutefois pas de copies.

J’espère que tous ces « trésors », comme le souhaite d’ailleurs leur propriétaire, seront prochainement publiés, accompagnés, chacun, de la présentation qui convient. »

On comprend à la lecture de cette lettre que M. Brecq n’a, à aucun moment, pensé à nous communiquer la moindre copie d’un quelconque document.  De notre côté, nous sommes resté vraiment perplexe devant le caractère tout-à-fait sensationnel de son annonce.

En 2001 les éditions Archè ont eu la détestable idée de publier un ouvrage intitulé Psychologie. Prudent avec sa mention « René Guénon, attribution », l’éditeur (sachant très bien que ce texte était plus que douteux) y a vu l’occasion de se faire un peu d’argent au détriment du droit moral de René Guénon. On peut regretter que ce livre n’ait pas été immédiatement pilonné. Car on comprend dés la première phrase du premier chapitre (p. 45, souligné par nous) que ce texte ne peut appartenir à l’œuvre de René Guénon :

« Quand on parle de psychologie il peut s’agir de deux choses très différentes qu’il est indispensable de bien distinguer tout d’abord: d’une part, la psychologie métaphysique, c’est-à-dire la connaissance de l’âme envisagée en elle-même dans sa véritable nature, et d’autre part, la psychologie proprement dite, positive ou expérimentale, qui est seulement l’étude des phénomènes mentaux et qui par suite doit être regardée comme une science de faits au même titre que les sciences physiques et physiologiques. Nous n’avons à nous occuper que de cette dernière. »

Cette formule suffit à rayer définitivement ce livre de la liste des œuvres de René Guénon. C’est injurier René Guénon que de laisser croire qu’il ait pu vouloir subordonner la métaphysique à la psychologie, le domaine de la psychologie étant rigoureusement nul devant celui de la métaphysique, comme l’indéfini peut l’être devant l’Infini.

Il faudra attendre 2003 pour apprendre que le contenu de ce livre n’était qu’un extrait d’un cours rédigé par René Guénon pour enseigner la philosophie à des lycéens. Ce cours de philosophie n’était donc qu’un outil de travail censé lui faciliter la tâche et rien d’autre. Croire qu’il ait pu avoir l’idée de l’intégrer tel quel dans son œuvre et de le publier est une absurdité. La question ne devrait pas se poser et pourtant elle se pose. Mais alors pourquoi René Guénon n’a-t-il pas fait publier ce cours écrit pendant la Grande Guerre, il en a eu pourtant toutes les opportunités ?

En 2003, la revue Science sacrée a publié un numéro spécial consacré à René Guénon.


On y trouve la première intervention de M. Brecq concernant ce cours avec de nombreuses explications et notamment un commentaire sur l’emploi de l’expression « psychologie métaphysique ».

On peut le lire à la suite du texte suivant  « Cours de philosophie (René Guénon) : ( Lire en pdf "Préliminaire" : Les degrés de la connaissance) », dans l’article de M. Brecq « un professeur de philosophie, suite », p. 404-405 :

« L’expression ‘psychologie métaphysique’ pourrait surprendre. Or, nous la trouvons bien, écrite par Guénon lui-même, dans le premier manuscrit, et le second ne fait que renvoyer au passage qui la contient. Faut-il aussi rappeler que nous avons affaire, ici, à un cours de philosophie, et qu’on ne saurait donc faire grief à un professeur de philosophie, fût-il Guénon, d’utiliser, pour ses élèves, des termes et expressions appartenant en propre au vocabulaire philosophique ? »
On pourrait s’attendre alors à voir M. Brecq nous déclarer que ce cours est sans réel intérêt et qu’il ne peut être compté parmi les œuvres de René Guénon. Mais pas du tout. Il y voit une Œuvre, un grand texte, traditionnel, métaphysique, spirituel et que sais-je encore. Il éprouve même le besoin de convoquer A. K. Coomaraswamy qui confirme par ailleurs « qu’il n’y a pas de psychologie empirique en Inde » et que  « la psychologie indienne est fondée sur la métaphysique » (p. 408). Parler de « psychologie indienne » est un concession avec la modernité bien discutable, la notion stricte de « psychologie » n’apparaissant pas en sanscrit. Le mot psychologie a beau être un terme moderne qui n’a rien de traditionnel, rien n’y fait, M. Brecq, qui marche sur la tête, veut à tout prix défendre ce texte effectivement écrit par René Guénon mais dans un contexte privé qui l’exclut de son œuvre véritable.

Mais, alors, faudrait-il considérer notamment les déclarations d’impôts de René Guénon comme faisant partie de son œuvre et ayant une dimension traditionnelle sous prétexte qu’il les a écrites de sa main ?

Imaginons que l’œuvre complète de René Guénon ait disparu de la surface de la terre et qu’il ne nous reste que ce cours de philosophie sans indication du nom de son auteur. Y verra-t-on l’équivalent de l’âtma-bodha de Shankara ou d’un autre texte métaphysique de même portée dans une autre tradition ? Non, bien évidemment. Ce texte n’attirerait pas l’attention, on n’y verrait qu’un simple « cours de philo du début du XXème siècle » certes bien structuré avec des conclusions de bon sens mais « puéril » au premier sens du terme puisqu’il s’adresse à des très jeunes.

René Guénon ayant enseigné également le latin et le français à des enfants ou à des adolescents, après la publication de ce cours de philosophie, faudra-t-il s’attendre à voir paraître celui de français ou celui de latin ? Les élèves de René Guénon n’ayant pas toujours été d’un très haut niveau. Doit-on s’attendre à voir paraître ce cours de latin sous le titre « grammaire latine pour les nuls » ?

Mais que cache cette démarche absurde, cette divulgation d’actes de la vie privée ? Pourquoi vouloir absolument polluer l’œuvre de Guénon ?

La question n’est d’ailleurs pas de savoir si ce cours doit être qualifié de « traditionnel », de « profane » ou autrement. Il suffit de comprendre qu’il appartient à la vie privée de René Guénon et que ce texte n’a été conçu que pour enseigner à des lycéens dans le cadre étroit du programme de l’éducation nationale de cette époque.

Lorsque l’on voit les photos de Râmana Maharshi assis sur son sofa lisant le journal faut-il s’interroger et se demander s’il s’agit d’un acte traditionnel ou d’un acte profane ? (Voir une photo reproduite plus bas).

Comme tout individu immergé dans le monde moderne, René Guénon (comme Râmana Maharshi) pouvait avoir des activités que l’on pourrait qualifier de « modernes ». Avoir  un « job » pour Guénon ou lire « le journal » pour Râmana. Les « guénoniens », « orthodoxes ou non», perdent vraiment tout bon sens.

M. Brecq poursuivra sa publication d’extrait du cours de philosophie dans le dernier numéro (n°7) de Science sacrée, en 2005, avec « les principes logiques ».

Signalons que cette revue avait publié en 2004, dans son numéro 5-6, un article inédit de René Guénon. La seule publication significative dans cette revue concernant René Guénon. L’article s’intitule L’idée de l’Infini. M. Brecq fait une très longue présentation. Il s’agit en fait du texte d’une conférence prononcée et qui aurait pu être publié par la suite dans une revue mais qui ne l’a pas été.

Six ans ont passé et M. Brecq a retrouvé une tribune avec la revue Vers la Tradition. Dans son numéro 123  (mars-mai) de 2011 que trouve-t-il de plus utile à faire ? Puiser dans les « trésors » et publier de vrais inédits ? Non. Il choisit encore une fois de polluer l’œuvre de René Guénon avec un nouvel extrait de ce cours intitulé cette fois : « Conscience, subconscience et inconscience »…

Et dans le grand chambardement de la revue, c’est encore et toujours le cours de philosophie qui s’étale dans le numéro 127 (mars-mai) de Vers la Tradition (« les principes logiques » toujours) et dans l’étonnant numéro 128 (juin-août) de 2012 de La Revue Tradition (« la méthode mathématique » et des remarques sur « les principes logiques »)

Pour les curieux de la guéguerre entre les « guénoniens », on peut se reporter au blog de M. M. Rouge qui en tant que témoin majeur en fait un historique, enfin son historique.


Sur ce même blog, on trouve des indications sur le contenu des « inédits » dont M. Brecq nous avez parlé dans son courrier. Ces « trésors » existent donc bien. Ils sommeillent donc depuis 1999 et certainement depuis beaucoup plus longtemps encore (1951 ?). Les simples lecteurs n’ont été autorisés à n’en voir que deux piécettes dont l’une semblait ne pas devoir être révélée. Le personnage mystérieux dont parle M. Brecq dans sa lettre que fait-il ? Il nous fait vraiment penser à cet ami dont Erasme nous parle dans son commentaire d’un adage. Nous reproduisons plus bas l’extrait correspondant qui est toujours aussi parlant aujourd’hui qu’il l’était au XVIème siècle.


« Il y a encore un autre type de documents inédits : il s’agit des notes qu’il [René Guénon] a rédigées tout au long de sa vie. Elles sont contenues dans deux ensembles : le Document I concerne le domaine traditionnel, et comprend 1120 pages ; le Document II traite principalement de théologie et de philosophie, sur 296 pages (notes prises entre 1914 ou 1915 et 1924). Ils sont constitués, d’une part de la copie de passages extraits de livres et d’articles, lus par Guénon, et parfois annotés par lui ; d’autre part, de considérations, observations ou réflexions consignées par Guénon, pouvant s’étendre sur plusieurs pages. En fonction des sujets qu’il traitait, il les intégrait telles quelles dans ses propres écrits, signalant sur les manuscrits qu’elles étaient désormais reprises. Mais nombre de ces notes restent inédites. »

M. Brecq a trouvé un nouveau support d’expression avec la revue canadienne les Cahiers de l’Unité. Faut-il s’attendre à y voir paraître la suite inépuisable du « cours de philosophie » à défaut d’éventuels inédits ?

Voici l’extrait traduit du latin du texte d’Erasme annoncé plus haut (Adages, collection Bouquins, Robert Laffont, 1992, p. 136) :

« Soyez maintenant attentifs à la franchise d’un mien ami de ce côté des Alpes, l’un de mes plus chers amis en fait, et qui n’a jamais cessé de l’être, car nous devons apprendre à connaître le caractère de nos amis et non pas les haïr. Quand je préparais l’édition vénitienne [des Adages], le hasard m’avait fait remarquer dans sa bibliothèque un Suidas [encyclopédie en grec] dont les marges comportaient des transcriptions de proverbes. L’œuvre était énorme, et il fallait parcourir un grand nombre de volumes. Souhaitant donc m’épargner cette peine, je lui demandai de disposer de l’ouvrage, ne fût-ce que pour quelques heures, pendant lesquelles mon jeune assistant reporterait ces annotations dans mon manuscrit. Malgré mes demandes réitérées, je me heurtai à son refus. Ayant usé sans succès de toutes les formes de supplication ou de prière, je lui demandai s’il avait lui-même l’intention de publier un recueil de proverbes, auquel cas j’abandonnerais très volontiers la partie en faveur d’un savant qui traiterait cette matière avec plus de bonheur. Il jura ses grands dieux qu’il n’en avait aucune envie. « Quels sentiments t’animent alors ? », répliquai-je. A la fin, comme s’il y était contraint par la torture, il me fit cet aveu : « On veut répandre aujourd’hui dans le public des écrits qui étaient jusqu’alors la possession exclusive de savants, ce qui leur valait l’admiration des foules. » Hinc illae lachrymae [d’où les larmes]. Il existe, cachés dans des collèges et des monastères d’Allemagne, de France et d’Angleterre, de vieux manuscrits que leurs propriétaires, à l’exception d’un petit nombre, ne communiquent pas volontiers ; tant et si bien que, même quand ils sont réclamés, ils les cachent, ou ne prétendent ne pas les posséder, ou encore en monnayent l’usage à des prix exorbitants, dix fois la valeur des manuscrits. Enfin ceux qui conservés avec le plus de soin sont corrompus par l’usure et par les teignes, à moins qu’ils ne soient emportés par des voleurs. Quant aux grands de ce monde, loin d’aider de leur générosité les choses de la culture, ils estiment qu’aucune somme d’argent n’est davantage gaspillée en pure perte que celle que l’on dépense à de tels usages ; et rien, absolument rien ne leur agrée dont ils ne puissent tirer quelques profits. »

Photo de Râmana Maharshi lisant le journal :