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samedi 17 avril 2021

Les Cahiers de l’unité numéro 21

Ce numéro 21 premier numéro de l’année 2021 suit le numéro 20 dernier numéro de l’année 2020, voilà de la pseudo numérologie qui souhaite répondre à la pseudo érudition des rédacteurs de ces numéros 20 et 21 de 2020 et 2021. M. Gayat, le « Directeur littéraire » justifie sa forte érudition multilinguistique par ce propos qui comme précédemment (voir numéro 19) insulte ses lecteurs :

« Ce qui vaut aussi pour la plupart des livres sachant que tout lecteur qualifié de l’œuvre de Guénon est naturellement un « abstracteur de quintessence », c’est-à-dire en mesure de tirer le meilleur de chacun d’eux. Ce qui conduit à ne s’attacher qu’au bien, et corrige l’opinion erronée de ceux qui s’interdiraient, par un scrupule traditionnel mal placé et qui n’est admissible que pour les esprits limités, la lecture de nombreux ouvrages au prétexte que leurs auteurs seraient des profanes. Ce qui répond également à l’éventuel reproche, non moins sot, de ceux qui considèreraient comme trop large la variété des références dans les articles des Cahiers de l’Unité. » 

Et pourtant cette revue fait étalage d’une documentation dont on peut douter  qu’elle la possède vraiment. Ainsi dans cet éditorial un extrait des Annali della fabbrica del Duomo di Milano dall’origine fino al presente est cité avec une faute évidente, une coquille toujours révélatrice :

« La nostra chiesa non richiede cose vecchie ma nuovo » (« Notre église n’a pas besoin de choses anciennes, mais nouvelles. »)

Il faut bien évidemment lire « cose vecchie ma nuove ».  Le « Directeur littéraire » précise ainsi :

« L’édition en huit volumes des archives de la cathédrale, publiée sous le titre : Annali della fabbrica del Duomo di Milano dall’origine fino al presente, Milan, 1877-1885, met à disposition une richesse documentaire presque unique dans les études d’architecture médiévale ».

Nous attendons avec curiosité une reproduction des couvertures de ces huit volumes illustrant le numéro 22 à paraître comme confirmation de la lecture effective « de nombreux ouvrages ».

On doit surtout comprendre que cette revue des Cahiers n’est qu’un trompe-l’œil, une superbe enveloppe d’illustrations en couleur et de références multiples pour nous détourner du contenu qui n’est que la copie mal faite du véritable enseignement doctrinal et que le meilleur qu’elle nous propose réside dans la reprise de textes anciens.

vendredi 22 janvier 2021

Le numéro 20 des Cahiers de l’unité, une expression du règne de la quantité

En parcourant les fragments mis en ligne du numéro 20 des Cahiers de l’unité, nous avons été frappé par cette phrase du compte rendu par M. Desfontaines du livre intitulé The Study Quran (sous la direction de Seyyed Hossein Nasr) souligné par nous (Coran des historiens (dir. de M. A. Amir-Moezzi et Guillaume Dye) (cahiersdelunite.com)) :

« En conclusion, nous conseillons à nos lecteurs l’étude de cet ouvrage sachant que lorsqu’il s’agit du Coran il n’y a pas de traduction définitive et que les commentaires ne sont jamais exhaustifs, la Parole divine étant par essence infinie ».

Pour un lecteur sensé être très averti comme doit l’être ou devrait l’être M. Desfontaines (pseudonyme qui évoque pourtant les meilleures sources de la connaissance), on peut s’interroger sur sa lecture de l’œuvre de René Guénon et sur cet emploi du terme « infini ».

On peut se référer aux passages de l’œuvre de René Guénon où apparaît l’expression « Parole divine » (voir l’index sur internet Index de l'oeuvre de René Guénon (index-rene-guenon.org)) et notamment :

« la Parole divine est l’« ordre » (amr) par lequel est effectuée la création, c’est-à-dire la production de la manifestation universelle, soit dans son ensemble, soit dans l’une quelconque de ses modalités » Aperçus sur l’Initiation, chapitre XLVII - « verbum, lux et vita »

« Si le Verbe est Pensée à l’intérieur et Parole à l’extérieur, et si le monde est l’effet de la Parole divine proférée à l’origine des temps, la nature entière peut être prise comme un symbole de la réalité surnaturelle. » Symboles fondamentaux de la Science sacrée, ch. II - Le Verbe et le Symbole

Lorsque l’on dit « par essence » comme le fait M. Desfontaines, on introduit une dualité comme celle de l’essence et de la substance. Si l’on ne retient qu’un des termes de la dualité on ne peut alors invoquer l’infini sauf à confondre le fini, l’indéfini et l’Infini.

Nous ne pouvons ainsi partager l’enthousiasme quantitatif de M. Gayat dans son éditorial:

« Avec ce numéro 20 de l’année 2020, ce sont environ 2 500 pages d’iconographies et de textes inédits visant à défendre et à maintenir une certaine conscience de l’esprit traditionnel tel que René Guénon l’a enseigné qui ont été proposées ». (Éditorial. Cahiers de l'Unité N° 20 | René Guénon (cahiersdelunite.com))

Nous craignions que la défense de l’œuvre de René Guénon et surtout sa compréhension ne soit pas au programme de cette revue et de ses 2500 pages déjà publiées. Les collaborateurs pourraient en produire encore quelques milliers que cela ne changerait rien à ce constat. La quantité ne fait pas la qualité…

jeudi 21 janvier 2021

Cahiers de l'unité - numéro 20

Cyrille Gayat a mis en ligne le dernier numéro des Cahiers de l’unité. Signalons avant que M. Gayat ne modifie le site qu’il y a une coquille plutôt révélatrice. Dans son éditorial il nous présente un nouveau collaborateur sous le pseudo de Benoît Gorlich. Mais si l’on se rapporte à la page incomplète du compte rendu  écrit par M. Gorlich on constate avec un peu d’amusement qu’il est signé Luc Desfontaines, souligné par nous  (La Reine et l’Avatar - Le théâtre de l’extase. Dominique Wohlschlag (cahiersdelunite.com)) :

« Le Krishnaïsme

 

          On peut donc dire que ces deux ouvrages ont pour thème commun le « Krishnaïsme », c’est-à-dire les doctrines de l’ensemble des voies spirituelles qui placent le culte de Krishna au centre de leur pratique. À ce titre, il y a à la fois un Krishnaïsme exotérique, répandu dans toute l’Inde, et des voies initiatiques qui lui correspondent. Celles-ci semblent concentrées principalement, mais pas exclusivement, au Bengale et dans la région dite de « Vraj » comprenant les villes voisines de Mathura et de Vrindavan (dans l’actuel État de l’Uttar Pradesh) qui sont respectivement les lieux de la naissance et de la jeunesse de Krishna, et qui constituent de ce fait des centres de pèlerinages majeurs de l’Hindouisme. 

        Ce courant spirituel semble encore assez méconnu en France, où il n’a fait l’objet que de très peu d’études universitaires et d’aucune étude traditionnelle complète à notre connaissance (3). Les ouvrages de Dominique Wohlschlag contribuent donc dans une certaine mesure à combler cette lacune. Ils permettent en outre de dissocier ces voies traditionnelles du fameux mouvement dit des « Hare Krishna » qui s’est répandu d’abord en Occident à partir des années 1960, puis en Inde même, en s’appuyant sur l’organisation appelée « ISKCON » (« Association internationale pour la Conscience de Krishna »). Cette organisation hétérodoxe au regard de l’Hindouisme vishnuite traditionnel est issue en réalité des courants réformistes indiens du XIXe siècle ; elle a contribué à donner une image négative de la spiritualité krishnaïte (4).

         Dans ce compte rendu, notre intention est de revenir sur certains points abordés par Dominique Wohlschlag qui appellent à notre sens quelques développements dans une perspective traditionnelle. Ces développements concernent principalement trois thèmes : la figure de Shrî Krishna et son rôle dans la tradition hindoue (I), la place de la bhakti dans les voies initiatiques destinées à l’humanité du Kali-Yuga (II), et les symboles et modalités de la réalisation spirituelle dans le Krishnaïsme (III). Sur le fond, cette étude n’est qu’un exemple des réflexions que peuvent susciter ces deux ouvrages chez un lecteur de René Guénon, et il ne fait pas de doutes qu’il y en aurait encore beaucoup d’autres à envisager.

 

I - La réadaptation cyclique de l’Hindouisme pour le Kali-Yuga

          Dans les textes de référence du Krishnaïsme, il y a de fréquentes allusions au fait que les méthodes de réalisation prescrites par les Vêda-s ne seraient plus réellement appropriées durant le Kali-Yuga, et que d’autres moyens seraient donc nécessaires pour les hommes de la fin du cycle. Krishna y est présenté comme ayant permis une double réactualisation de la tradition hindoue : à la fois quant à la transmission de la connaissance, grâce à l’épopée du Mahâbhârata qui raconte ses exploits et qui est considérée ici comme un « cinquième Vêda », et quant aux modalités de réalisation, par l’apparition de voies d’adoration, c’est-à-dire de bhakti, fondées sur son culte. Le thème de la « réadaptation » cyclique des différentes traditions est bien connu des lecteurs de René Guénon, et il nous faut expliquer ici comment il est développé dans ce courant spirituel particulier.

 

Le Sanâtana Dharma et le « cinquième Vêda »        

           

             Les lecteurs de René Guénon connaissent déjà l’expression de « cinquième Vêda », puisque c’est le titre de l’un de ses principaux articles concernant les Tantra-s, qui ont effectivement reçu cette appellation. Ce qui est moins connu, c’est qu’elle a aussi été employée en...      

Luc Desfontaines

 

 

La suite de cet article est exclusivement réservée à nos abonnés ou aux acheteurs du numéro 20 des Cahiers de l'Unité »

 

jeudi 29 octobre 2020

N° 19 des Cahiers de l'unité ou de l'anamnèse...

Dans le dernier numéro des Cahiers de l’unité (qui paraît avec un retard d’autant moins explicable que son contenu devait être prêt depuis des mois si ce n’est des années : articles fragmentés et donc écrits depuis des lustres), C. Gayat/J. Arland, le « Directeur littéraire », nous fait cette déclaration incroyable dans son éditorial:

« Des lecteurs qui, pour des raisons qui nous échappent, n’ont jamais lu notre éditorial du numéro 1, nous demandent souvent quel est le véritable but des Cahiers de l’Unité. Nous ne savons pas si cette question relève de l’oubli, du soupçon, ou de la pénurie mentale puisqu’en plus du premier éditorial, le contenu de la revue indique clairement sa raison d’être. »

M. Gayat/Arland ne se rend même pas compte de sa propre incohérence et de sa bêtise. Il désigne comme des lecteurs ceux qu’ils ne considèrent justement pas comme des lecteurs puisqu’il les insulte allègrement. Il semble bien que sa revue n’intéresse quasiment que des imbéciles. On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi cette revue s’affiche sur internet en totale contradiction là encore avec son caractère supposé très élitiste…

vendredi 5 juin 2020

Le sentimentalisme dégoulinant des Cahiers de l’unité face au covid-19


Le sentimentalisme dégoulinant des Cahiers de l’unité face au covid-19

L’éditorial de M. Julien Arland (c’est-à-dire de  M. Cyrille Gayat) pour le numéro 17 des Cahiers de l’unité est bien difficile à suivre. Que veut-il nous dire exactement ?  Cette pandémie semble ainsi lui apparaître comme un drame !!  Il conclut son éditorial par ces mots et par une citation tronquée d’un ouvrage de René Guénon :

« Dans ces circonstances nouvelles et quelque peu dramatiques, nos pensées vont à nos abonnés d’Italie, d’Espagne et de France, ainsi qu’à tous ceux qui ont gardé malgré tout quelque chose de l’esprit traditionnel. Nous leur rappelons cette phrase d’espoir : les exemples du passé, montrent clairement que tout ce qui ne s’appuie que sur le contingent et le transitoire passe fatalement, que toujours le désordre s’efface et l’ordre se restaure finalement, de sorte que, même si le désordre semble parfois triompher, ce triomphe ne saurait être que passager, et d’autant plus éphémère que le désordre aura été plus grand. »

C’est nous qui soulignons en gras (le texte de René Guénon étant reproduit en italique). Pourquoi un drame alors qu’il s’agit non seulement d’un événement insignifiant par son bilan humain mais surtout parce que pour des êtres qui ont un certain sens de l’esprit traditionnel cet événement est  parfaitement logique, attendu et même faste puisqu’il nous rapproche de la fin ultime du Cycle comme le montre le texte cité de René Guénon lorsqu’on le reproduit dans son intégralité  (l’extrait cité par M. Gayat est en italique et nous avons souligné en gras le véritable espoir):

 « Si de telles prévisions semblent trop hasardeuses, comme elles peuvent le sembler en effet à qui n’a pas de données traditionnelles suffisantes pour les appuyer, on peut du moins se rappeler les exemples du passé, qui montrent clairement que tout ce qui ne s’appuie que sur le contingent et le transitoire passe fatalement, que toujours le désordre s’efface et l’ordre se restaure finalement, de sorte que, même si le désordre semble parfois triompher, ce triomphe ne saurait être que passager, et d’autant plus éphémère que le désordre aura été plus grand. Sans doute en sera t-il de même, tôt ou tard, et peut-être plus tôt qu’on ne serait tenté de le supposer, dans le monde occidental, où le désordre, dans tous les domaines, est actuellement porté plus loin qu’il ne l’a jamais été nulle part ; là aussi, il convient d’attendre la fin ; et, même si, comme il y a quelques motifs de le craindre, ce désordre devait s’étendre pour un temps à la terre entière, cela encore ne serait pas pour modifier nos conclusions, car ce ne serait que la confirmation des prévisions que nous indiquions tout à l’heure quant à la fin d’un cycle historique, et la restauration de l’ordre aurait seulement à s’opérer, dans ce cas, sur une échelle beaucoup plus vaste que dans tous les exemples connus, mais aussi n’en serait-elle qu’incomparablement plus profonde et plus intégrale, puisqu’elle irait jusqu’à ce retour à l’« état primordial » dont parlent toutes les traditions. » (Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chapitre IX.)

En écrivant aussi que « cette pandémie n’est ainsi que le véritable visage, effroyable et mortifère de la modernité en soi », M. Gayat /Arland ne paraît pas voir et comprendre qu’il faut distinguer la pandémie en elle-même et la réaction moderne à cette pandémie. Une épidémie tout autant qu’une pandémie ne sont pas en soi des manifestations antitraditionnelles. Elles peuvent le devenir si elles se font disciples du désordre moderne. Ainsi ce virus en soi est tout ce qu’il y a de naturel, c’est la réaction à son action qui est caractéristique de la folie du monde moderne. Précisons d’ailleurs que même si ce virus particulier était le fruit d’une manipulation de l’homme il n’en resterait pas moins pour autant que comme une possibilité du monde vivant que l’homme ne fait que réveiller. L’homme ne peut pas faire d’une impossibilité une possibilité. Il ne peut simplement mettre à jour que ce que la nature possède en puissance et qui n’avait été jusque-là que rejeté par le déroulement cohérent de cette nature elle-même dont l’homme n’est qu’un acteur. L’homme ainsi en croyant jouer au créateur ne fait surgir que des monstres, mais les monstruosités sont aussi des possibilités de la nature.

samedi 19 octobre 2019

la revue internationale pour les nuls


Les cahiers de l’unité, la revue internationale pour les nuls - n° 15

La revue « Cahiers de l’unité (l’Unité…) »  poursuit à pas comptés (lourdement = 43,50 euros + taxes et frais de livraison) sa ridicule stratégie. Quatrième année, quinzième numéro d’une revue vendue en ligne chez LULU.COM et saucissonnée sur son site attitré.
Cette revue « trimestrielle », [« internationale et francophone » (selon LULU)],  s’adresse exclusivement à ceux qui sont capables de comprendre les principes métaphysiques et d’en tirer les conséquences.
On ne peut penser qu’après toutes ces années la cible n’a pas été atteinte et que les lecteurs « capables de comprendre » sont tous des abonnés inconditionnels et qu’il n’est donc plus nécessaire de mettre en ligne des fragments d’articles. Une table des matières devrait suffire et rien d’autre. Mais non, M. Gayat tient absolument à reproduire intégralement son éditorial et puis MM. Gayat, Brecq , X ou Y pourrait ainsi échapper au ridicule international de reproduire une prose où leurs incohérences et leurs bêtises  s’étalent en toutes lettres bien visibles.
Comme le montre la présentation sur LULU, ce qui compte le plus dans ce numéro 15 c’est la fin du compte rendu de M. Stanislas Ibranoff  (l’un des quatre membres du comité de rédaction et donc une grosse pointure)
« N° 15 de la revue internationale francophone consacrée aux expressions régulières de la conscience de l’unité essentielle des (« de toutes les » sur le site attitré) formes traditionnelles. Compte rendu critique à propos de René Guénon et du Tantrisme comme Cinquième Vêda, avec deux textes inédits en français sur Mâ Ananda Mayi. »( http://www.lulu.com/shop/2019-juillet-août-septembre/n-15-cahiers-de-lunité/paperback/product-24256611.html )
Mais pourquoi M. Ibranoff n’a pas exigé la censure intégrale de son compte rendu ? Il n’aurait ainsi réservé ses âneries qu’aux abonnés inconditionnels qui « comprennent tout ». Voila ce qu’il écrit au grand jour  pour la planète toute entière :
« Un autre cas spirituel qui présente une étroite analogie avec celui de Shrî Râmana Maharshi est celui de Shrî Mâ Ananda Mayî. Elle aussi ne semblait exercer qu’une « action de présence », et paraissait également ne pas avoir de disciples au sens strict et technique du terme. Pourtant, elle transmettait également une initiation qui était cachée à la plupart. Certains de ceux qui l’ont reçue sont encore vivants aujourd’hui. » (https://www.cahiersdelunite.com/3-rg-et-la-tr-hindoue-fabb)
M. Ibranoff utilise le terme «  analogie ». Il n’ignore pas que la loi de l’analogie universelle est le fondement de toute correspondance symbolique. Mais alors comment doit-on comprendre son texte ? Le « cas spirituel » de Râmana Maharshi s’inscrirait dans un rapport étroit d’analogie avec celui de Mâ Ananda Mayî. Mais comment s’établit la correspondance ? Un homme correspond à une femme. Une réelle action de présence correspond à une apparence d’action de présence (« semblait »). Une absence stricte de disciples correspond à une existence de multiples disciples faussement cachés puisqu’on peut les connaître et qu’ils sont même encore vivants aujourd’hui. Comment doit-on comprendre selon M. Ibranoff cette analogie ? Le « cas spirituel » de Mâ Ananda Mayî est-il l’étroit contraire de celui de Râmana Maharshi ? C’est ce que son texte paraît nous dire. Cette incohérence est-elle le fruit d’un simple effet littéraire de transition ? Après avoir parlé de Râmana Maharshi dans sa précédente intervention (n° 14 de la revue internationale), il doit maintenant parler de Mâ Ananda Mayî et la littérature demande toujours un effet de style alors voilà sans doute pourquoi Rânama Maharshi  doit faire « analogie » parce que cela impressionnera le lecteur,  une belle formule érudite pour ceux qui sont capables de comprendre les principes métaphysiques et d’en tirer les conséquences. Mais la difficulté c’est qu’il n’y a aucune correspondance. Nous ne pouvons que conseiller au comité de rédaction et à M. Gayat  le directeur de masquer au plus vite ce texte d’autant que le paragraphe suivant également visible est tout aussi contestable.
« En relation avec l’emploi par Mâ [Ananda Mayî] des termes khanda et akhanda [indivis], je lui ai demandé : “Lorsque vous êtes dans votre forme absolue, pouvez-vous avoir connaissance de nous ?” La question provoqua l’apparition d’une expression solennelle sur son visage. Elle [Mâ Ananda Mayî] répondit : “Ce sont des choses que je ne divulgue (le texte original relue par M. Brecq indique divulge) pas à tous, elles ne franchissent pas mes lèvres en présence de tous. Mais je vais vous les dire. Vous avez posé la question et la réponse vient sur mes lèvres. C’est sans doute parce que vous pouvez les comprendre ».
On voit ici que la personne, « l’initié !!, et le disciple bavard », qui a questionné Mâ Ananda Mayî en privé n’a même pas compris que ce qui lui était déclaré ne devait pas être connu par « tous ». On devrait ainsi ne surtout pas connaître cette réponse. Et M. Ibranoff semble lui aussi ne pas avoir compris que justement ce qu’il y avait à faire c’était de ne rien reproduire de ce témoignage indiscret. Il fallait garder le silence… Visiblement les grands initiés de la revue internationale ne savent même pas se comporter avec le minimum de respect de la parole d’autrui et ignorent la valeur spirituelle du silence.

jeudi 3 janvier 2019

Quelques remarques sur les revues dites traditionnelles


Quelques remarques sur les revues dites traditionnelles

Décidemment M. Gayat (Julien Arland) tient à nous donner une place de choix dans sa revue. Il nous a déjà consacré un long article très embrouillé dans le numéro 6 (Julien Arland, «Remarques sur une forme de la mentalité antitraditionnelle», n° 6, avril-mai-juin, 2017.) (https://www.cahiersdelunite.com/remarques-1) et maintenant dans son numéro 12 (car 6 + 6 = 12) il nous associe à un groupe d’universitaires qui ne correspond en rien à notre identité:

« MM. Jean-Pierre Laurant, Patrick Ringgenberg, Roger Dachez, David Bisson, Jean-Marc Vivenza, Bruno Hapel, Jean-Louis Gabin, Slimane Rezki ou Paul Fenton » (https://www.cahiersdelunite.com/confusions)

Sa revue est une revue bâtarde née sur internet et usant d’internet pour se donner une existence papier par le jeu de la reproduction à l’unité offerte par le site LULU.com.

On peut lire cette annonce qui démontre que le revue n’existe pas hors d’internet et échappe au monde ancien du livre : « Nous informons Mesdames et Messieurs les libraires de l’Union européenne que nous ne pratiquons pas de remise pour la vente en librairie. » (https://www.cahiersdelunite.com/libraires)

Une seule revue peut incontestablement être considérée comme traditionnelle, il s’agit bien évidemment de celle à laquelle collabora René Guénon : La Revue des Etudes Traditionnelles. Après la disparition de René Guénon cette revue a connu une perte irrémédiable d’identité, une brusque descente qualitative pour fort heureusement et finalement cesser d’être publiée.

Avant l’avènement d’internet un certain nombre de revues ont tenté de s’inscrire dans cet esprit traditionnel avec plus ou moins de succès.et d’authenticité. En ce début d’année 2019, une seule revue dite traditionnelle surnage encore avec une diffusion en librairies. Il s’agit de Vers La Tradition. Nous n’en commenterons pas le contenu qui ne reflète plus que l’épuisement qui caractérise notre époque.

Dans le numéro 6 de sa revue, M. Gayat / Arland écrivait donc ainsi :

« De 2002 à 2003, dans cinq séries d’une dizaine de photocopies agrafées, et placées par inconscience, mais de manière profanatoire, sous le saint nom de Ganesha, M. Hapel, sous différents pseudonymes, laissait libre cours à ses obsessions haineuses que l’on retrouve aujourd’hui inchangées, formulées dans le même galimatias. La laideur dans la mise en page, l’incohérence dans le style et les trop nombreuses fautes d’orthographes ont valeur de signe chez lui : elles font sens. Tout le monde aura compris que ses récentes interventions relèvent d’une forme de ce que le jargon de l’Internet désigne comme le trolling, c’est-à-dire d’une volonté de polémiquer qui a sa source première dans le désœuvrement du troll, et dans son déséquilibre moral et psychique. C’est ce qui peut notamment expliquer pourquoi il peut être un support privilégié d’influences antitraditionnelles. »

Nous devons informé M. Arland / Gayat, que de 2002 à 2003 la revue intitulée Ganesha – Etudes de l’œuvre de René Guénon, a connu 8 numéros. Cette revue a été crée par M. Bernard Fontaine, directeur et seul intervenant dans le choix du titre et de la mise en forme de la revue. Il se trompe totalement en parlant à notre endroit de « nombreux pseudonymes ». Nous n’avons été que l’un des collaborateurs de cette revue et rien de plus. Nous notons que M. Gayat affectionne le charabia d’internet. Nous ne connaissions pas ce jargon dont il semble être un spécialiste. Notre présence bien modeste sur internet se limite à la publication de 2 blogs et nous ne pouvons donc être identifié à ces personnages qui hantent la toile comme semble le faire M. Gayat avec sa cohorte de fantômes qui se dissimulent sous des pseudonymes parfois vraiment ridicules. D’ailleurs faut-il écrire Cahiers de l’unité ou de l’Unité ? On peut lire cette déclaration dans le premier éditorial de la revue (souligné par nous):


« Il n’existe aujourd’hui, à notre connaissance, aucun site d’études en langue française qui soit l’expression régulière de la conscience de l’unité essentielle de toutes les formes traditionnelles. C’est la raison pour laquelle il nous a paru nécessaire d’en créer un. C’est parce que toutes les traditions procèdent d’un même Principe que cette conscience de leur unité essentielle est possible. De même que toutes les couleurs ne sont qu’une différenciation de la lumière blanche, on peut dire que la diversité des formes traditionnelles, ou des religions si l’on veut, n’est que l’expression différenciée de cette unité fondamentale. À l’instar du fait que la lumière blanche n’est pas une couleur, le point de vue auquel se réfère proprement cette conscience de l’unité traditionnelle est distinct de celui qui se rapporte aux questions religieuses extérieures. Par conséquent, celles-ci sont hors du champ de notre revue. »

On aura noté que le terme « unité » n’est pas écrit avec un u majuscule. Pourquoi alors la revue ne porte-t-elle pas le titre de Cahiers de l’unité qui paraît bien plus adapté ?  Car parler de Cahiers de l’Unité, c’est entendre Cahiers de l’Être. Cette majuscule en dit long sur le niveau d’orgueil des promoteurs et auteurs de cette revue. On attribue à Mohyiddin ibn Arabi un Traité de l’Unité (cité par René Guénon), les auteurs de cette revue ont-ils la prétention d’avoir atteint le même degré de connaissance que ces autorités incontestables?

On comprend alors que la seule contribution qui mérite une attention est celle posthume de René Guénon que les promoteurs de cette revue ne sont même pas capables de respecter réellement.

Dans son éditorial du numéro 9 de sa revue, M. Gayat confirme sa perte totale de tout bon sens et son incroyable ignorance :

« M. Greif poursuit son travail sur les « Amis de Dieu » en abordant la question de la hiérarchie spirituelle dans l’œuvre de Jean de Ruysbroeck. Ceux qui sont bien informés sur ces questions savent que celui-ci était le détenteur d’une des grandes fonctions initiatiques de la fin du moyen âge. Ils savent aussi que Ruysbroeck avait atteint la plénitude de la réalisation effective, il était parvenu à la perfection dans l’ordre des « grands mystères ». C’est dire l’intérêt qu’il y a à revenir sur ses écrits. »

M. Michel rouge nous apprend d’autre part que cette série d’articles avait commencé à paraître dans Vers La Tradition sous un autre pseudonyme (encore un autre…)

 « Font suite « Les “Amis de Dieu” » de Steffen Grief, quatrième livraison d’une étude qui vit le jour (sous un autre pseudonyme) dans le numéro 122 de Vers la Tradition. Après avoir abordé Maître Eckhart et Ruysbroeck, c’est au tour de Tauler, »


M. Michel Rouge est d’ailleurs à l’honneur dans ce numéro 12 de la revue de M. Gayat (Julien Arland, « Remarques sur certaines confusions », n° 12). Ce dernier, (après avoir cité un long passage du blog de M. Rouge sans en donner les références qui auraient permis de se faire sa propre idée sur les critiques que M. Gayat distillent), écrit ainsi avec une belle hypocrisie  ou lâcheté (https://www.cahiersdelunite.com/notes-confusions):

« Nous ne pensons pas qu’il soit utile de citer le nom de son auteur. Nous nous situons seulement dans le domaine intellectuel, et n’avons évidemment aucune animosité personnelle contre lui. » 
 Voici la référence des passages du blog que M. Gayat éreinte sans « animosité !!!» : http://lafindestempsmodernes.blogspot.com/2018/05/presentation-de-la-fin-des-temps.html

Signalons enfin les signes d’une sérieuse difficulté à alimenté la revue liée sans doute au faible nombre des collaborateurs autres que MM. Gayat et Brecq…Ainsi M. Brecq doit-il rebrasser d’anciens textes :

Cette étude a été rédigée il y a plusieurs années. Nous en avons modifié la forme pour qu’elle puisse paraître dans cette revue, et l’avons aussi “actualisée” sur certaines questions. Nous ne publierons que la partie introductive et un chapitre concernant l’un des Maîtres hindous de René Guénon.



Pour mémoire – réponse à M. Gayat :

Nul n’ignore que notre humanité soit très proche de la fin de son propre cycle. Naître et vivre alors que notre Manvantara touche à sa fin présente spirituellement de nombreux désavantages.

René Guénon a apporté d’amples explications sur ce qu’il convenait de comprendre lorsque l’on parle de « qualification ». Un lecteur de son œuvre en arrivera logiquement à se poser cette question : celle de sa propre qualification ou plutôt de son niveau de disqualification.

Comme nous l’avons déjà précisé, l’attitude habituelle en réponse à cette question est de se considérer toujours comme qualifié sinon même comme très qualifié. L’ego n’aime pas reconnaître ses éventuelles insuffisances.

Tous les « guénoniens », en se définissant d’ailleurs comme tels, se reconnaissent toujours comme  « très qualifiés ». Ils ne se posent pas la question de savoir ce que pourrait cacher une telle prétention. Ils ne réfléchissent pas et se lancent à la recherche d’une initiation sans trop se soucier des conditions pour l’obtenir. Tous les « guénoniens » finissent ainsi par être initiés ce qui a posteriori les rassure illusoirement en semblant confirmer leurs prétentions. Etant maintenant initiés, souvent initiés après une conversion, ils croient avoir ainsi démontré qu’ils étaient qualifiés puisqu’ils sont bien reconnus comme « initiés », initiés virtuels bien évidemment et qui le resteront mais qu’importe pour eux. Et les pseudo- maîtres abondent pour délivrer ces initiations sans aucune condition réelle de qualification. Mais pourquoi une telle précipitation ?

René Guénon a expliqué de façon très précise ce qu’il fallait entendre par « initiation » mais il n’a jamais dit qu’il fallait être initié à tout prix, dans l’urgence.

Une des premières erreurs que commettent généralement les « guénoniens » consiste à s’enfermer dans l’état humain et de ne penser « qualification » que par rapport à cet état sans tenir compte du fait qu’un être peut avoir plus de possibilités dans un futur état qu’il n’en a actuellement dans son état humain. Ils négligent ainsi les états posthumes et surestiment leurs qualifications présentes par orgueil bien évidemment mais aussi et surtout par simple angoisse. Ils veulent obtenir un aboutissement immédiat dans cet état sans autre analyse et sans prise en compte des réalités. Ils n’hésitent pas ainsi à rejeter leur tradition d’origine, leur rattachement d’enfance. Ils n’hésitent pas ou si peu à trahir leurs engagements pris dans leur jeunesse (comme par exemple à l’occasion de leur confirmation pour les Catholiques). Ils n’ont ainsi pas de parole. Ils se pensent tous comme des exceptions et croient qu’ils peuvent ainsi faire tout ce qu’ils veulent sans en admettre les conséquences. Mais par définition les exceptions sont « exceptionnels » et spirituellement vraiment très improbables en fin ultime du Kali-yuga. Qui parmi ces « guénoniens » pourrait prétendre être comparable à René Guénon ou à Râmana Maharshi ? Visiblement tous les « guénoniens » y prétendent. Les « guénoniens » en se convertissant massivement à l’Islam n’ont souvent fait qu’une seule chose : se transformer en soufis virtuels et en réalité en orientalistes inconscients, rejetant leur exotérisme d’origine pour adopter bien imparfaitement un exotérisme plus exotique. Et ils n’ont rien obtenu, tout est bien évidemment resté plus que virtuel si l’on peut s’exprimer ainsi. Ils n’obtiendront même pas les recours de leur tradition d’origine. Une trahison pour rien donc. L’orgueil seul est le vainqueur.

Cela montre une belle absence de discernement. Et pourtant on ne peut pas reprocher à René Guénon d’avoir manqué de faire toutes les mises en garde qui convenaient. Car enfin, si le destin nous a fait naître au sein d’une tradition particulière, il y sans doute de bonnes raisons pour cela. La manifestation n’est pas un simple chaos mais bien l’ « expression » du Principe. Il y a des règles et bien évidemment des exceptions à la règle. Mais qui peut légitiment prétendre être une exception ?

Ainsi les « guénoniens » initiés pour garantir leurs qualifications illusoires doivent être en mesure de montrer que ceux qui les ont initiés sont eux aussi très qualifiés. Les disciples doivent défendre leur maître envers et contre tout sinon c’est leurs propres prétentions à la qualification et leurs initiations qui sont remises en question.

On en voit certains pousser des « cris » sur Internet,  multiplier les traductions de textes soufis et transformer l’arabe classique en une langue profane comme le français et les diffuser sur de multiples sites virtuels. Mais pourquoi ? Et pour qui ? L’ésotérisme islamique pour la masse des francophones ? C’est une nourriture inassimilable. C’est en toute conscience que René Guénon n’avait surtout pas pris l’Islam comme référence pour exposer les données traditionnelles et spirituelles fondamentales aux Occidentaux. La réalité n’a pas changé. Ou alors en sommes-nous au stade où c’est l’œuvre de René Guénon qui devrait apporter aux Orientaux ces données traditionnelles et spirituelles qu’ils ont maintenant perdues ? Mais si c’est le cas, ce n’est toujours pas sur l’Islam qu’il faut s’appuyer mais sur l’Hindouisme qui reste la meilleure référence. Le constat n’a pas changé.

L’être qui s’interroge sur sa qualification le fait dans le monde manifesté. Il n’y a que dans la manifestation que cette notion intervient. Et comme la manifestation est nulle vis-à-vis du Principe. On comprend alors que du point de vue du Principe la disqualification est sans objet puisqu’elle porte sur une illusion, une surimposition illusoire. Du point de vue du Principe chacun de nous est un jnânî !

En 2001, les Editions Traditionnelles ont publié un ouvrage commémoratif intitulé : Il y a cinquante ans, René Guénon

Nous avons collaboré à cet ouvrage avec un article intitulé : « Le guénonisme contre René Guénon ». Dans le n° 13 de la Règle d’Abraham (juin 2002), M. Cyrille Gayat  a rendu compte de cet ouvrage. Concernant notre contribution, voici ce qu’il a écrit:

« Nous terminerons avec le texte malheureusement laborieux et incohérent de M. Bruno Hapel. On s’étonne un peu d’observer qu’il persiste à s’occuper de questions doctrinales alors qu’à la page 231 de son dernier « dossier », [René Guénon et le Roi du Monde], il a trouvé utile de confesser (c’est son terme) sa « disqualification irrémédiable ». Cette franchise l’honore, mais elle n’était pas vraiment utile en ce qui le concerne : ses ouvrages ne permettaient pas d’en douter. Nous le démontrerons à une autre occasion pour ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçus. »

A notre connaissance M. Gayat n’en a toujours pas apporté la démonstration et pourtant de nombreuses années se sont déjà écoulées. Voici précisément ce que nous avons écrit dans notre dossier (p. 231) :

« Dire que nous approchons du terme de la présente humanité, c’est nécessairement reconnaître que la disqualification doit avoir force de loi. La fin d’un cycle étant en correspondance inverse avec son origine, la tendance qualifiante du temps présent doit être à l’image de la tendance disqualifiante de l’âge d’Or ! Ainsi c’est non sans regret que nous devons confesser notre disqualification irrémédiable. Que l’on se rassure cette tendance disqualifiante ne peut être absolue. Il nous faut calmer ces quelques frémissements d’impatience condescendante. Car enfin, peut-on avoir l’outrecuidance de nier la qualification de tel ou tel ? En Occident n’y a-t-il pas eu René Guénon ? Et bien oui justement, car voici l’exception qui confirme la règle. »

M. Gayat utilise une méthode peu honorable. Il se permet, comme on le voit et on le verra, de n’extraire que des mots ou des bouts de phrase sachant très bien que s’il avait dû citer notre texte correctement, toute sa pseudo-démonstration se serait immédiatement effondrée. Nous verrons d’ailleurs que même lorsqu’il ne mentionne qu’un extrait d’une de nos phrases, il ne se rend même pas compte qu’ainsi c’est sa propre ignorance qu’il ne fait que dévoiler.

Nous sommes né en Occident dans ce monde moderne, né en cette fin ultime du Kali-yuga, nous n’avons pas cet orgueil propre aux « guénoniens » de nous considérer comme une exception, comme un individu hautement qualifié. Inconnu des Loges et des Turuq, nous n’avons jamais eu pour objectif de singer la vie de René Guénon. Nous ne prétendons être ni le disciple de René Guénon, ni un continuateur. Si Râmana Maharshi et René Guénon ont préféré ne pas avoir à désigner et à reconnaître tel ou tel individu comme un éventuel disciple, c’est très vraisemblablement pour ne pas avoir à blesser tous ces individus qui les ont sollicités et qui prétendaient à des qualifications qu’ils n’avaient pas. Il est préférable de refuser de désigner des disciples quand on sait que la possibilité d’en découvrir est quasiment nulle. Et partout des pseudo-maîtres sont apparus en nombre pour prétendre combler cette lacune et distribuer ainsi des initiations en masse. Les pseudo-continuateurs de Râmana Maharshi comme de René Guénon sont sans cesse plus nombreux.

M. Gayat poursuit un peu plus loin :

« Une fois de plus, contre toute évidence, M. Hapel continue de prétendre que la correspondance de René Guénon ne doit pas être prise en considération. Pourtant, dans le « dossier » que nous venons d’évoquer, au sujet de la « tendance disqualifiante » (sic) générale de notre époque dont il déclarait qu’elle a « force de loi » pour tout le monde, c’est une lettre de Guénon qui rectifie son erreur : « …Et pourquoi écrirais-je s’il n’y en avait pas ? » disait-il le 5 octobre 1946 à propos des exceptions individuelles qui existent chez les occidentaux. Il est vrai que maintenant pour M. Hapel, « nous sommes tous des jnânîs, des ‘connaissants’ » (p. 125). »

Voici notre phrase complète qui figure à la page 125 de cet ouvrage collectif:

« Nous sommes tous des jnânîs, des ‘connaissants’, mais très rares sont ceux qui le réalisent effectivement, qui réalisent l’identification du Connaissant, du Connu et de la Connaissance. »

En ne reproduisant avec ironie que le début de cette phrase M. Gayat montre ainsi qu’il ignore tout de la Réalisation spirituelle. Le début même de cette phrase figure dans une réponse donnée par Râmana Maharshi :

« Le jnânî ne voit personne qui soit a-jnânî. De son point de vue, chacun est un jnânî. Dans l’état d’ignorance, on surimpose cette ignorance à ce qui est réellement l’état de jnânî ». [Talks, p. 480]) (https://brunohapel.blogspot.com/2018/10/ramana-maharshi-lesprit-du-silence.html)

Mais M. Gayat considère sans doute Râmana Maharshi comme peu qualifié... Ce n’est donc pas « pour M. Hapel » comme il veut se moquer mais bien pour l’humanité tout entière que ce début de phrase est par principe parfaitement exact. La Réalisation spirituelle (qui est l’état effectif de jnânî) étant par essence inconditionnée, ne peut être l’aboutissement d’un quelconque enchaînement. Ainsi si nous n’étions pas tous des jnânîs nous ne pourrions jamais le réaliser (ce qui ne veut pas dire que ce que nous sommes virtuellement dans l’état humain doive impérativement devenir effectif dans ce même état). La Réalisation n’est que le constat de notre ultime Réalité. La Vérité n’est que la dissipation de l’ignorance qui ne fait que la voiler. La Vérité est et n’a donc jamais cessé d’être présente.

Laissant entendre faussement que nous nions l’existence d’exceptions individuelles occidentales, M. Gayat s’arme alors des quelques mots extraits d’une lettre de René Guénon qui doit tout anéantir et le rendre invincible. Le contenu de cette lettre est invérifiable, le destinataire est inconnu; la date seule, 5 octobre 1946, la cristallise dans l’Histoire. On agite ces quelques mots comme une formule magique qui doit nous terrasser... M. Gayat n’a visiblement jamais lu Orient et Occident où il est fait état de ces exceptions individuelles ! Il semble bien trop banal de se référer à l’œuvre publique lorsque l’on veut à tout prix justifier la profanation de la vie privée de René Guénon. Sa correspondance doit être dévoilée envers et contre tout.

M. Gayat poursuit son compte rendu ainsi:

 « En traitant de ce qu’il ignore, M. Hapel avait aggravé son cas en affirmant péremptoirement que « le contenu de la correspondance ne peut avoir qu’une valeur marginale » (p. 162). On peut lui demander alors ce qu’il pense du « Triangle de l’Androgyne » ? On s’en souvient, cette « sorte de ‘sceau’ des deux sciences sacrées des Nombres et des Lettres » a été transmise en 1945 dans une lettre par René Guénon à Michel Vâlsan, qui l’a fait connaître de la manière remarquable que l’on sait. Il est vrai encore que M. Hapel, sans argument, reproche à Michel Vâlsan d’avoir fait « état de sa correspondance avec R. Guénon, ce qui ne pouvait se légitimer » (p. 242). S’agissant de questions doctrinales, on se demande bien pourquoi ? M. Hapel est victime de ce travers dont nous avons déjà eu l’occasion de parler : une fois sa théorie formée, il tente d’y faire entrer de force certains éléments au lieu de s’assurer que ceux-ci ne la modifient pas. »

Voici précisément ce que nous écrivions dans notre dossier (p. 242.) :

« M. Vâlsan a préparé le troisième [ouvrage posthume] intitulé dans un premier temps Symboles fondamentaux de la Science sacrée. Dans cet ouvrage, M. Vâlsan a fait preuve de partialité en ne reproduisant pas l’intégralité des articles écrits par R. Guénon pour la revue Regnabit, ou en faisant état de sa correspondance avec R. Guénon ce qui ne pouvait se légitimer. Au lieu d’avoir été refait, l’ouvrage paraît maintenant sous le titre Symboles de la Science sacrée dans une version abrégée, censurée, ce qui le rend peu présentable. Ainsi là encore c’est l’œuvre de R. Guénon qui en pâtit. »

Rappelons que s’il y a bien des données traditionnelles dans la correspondance de René Guénon et que ces données sont bien impersonnelles puisque la Vérité n’est pas personnelle et même proprement inexprimable, ces données lorsqu’elles sont exprimées par René Guénon dans sa correspondance sont alors personnelles dans leur expression même et c’est cette expression privée que l’on ne doit pas reproduire par simple respect (exception faite éventuellement et uniquement pour le correspondant lui-même à qui René Guénon avait écrit). S’il avait voulu publier sa correspondance avec tel ou tel de ses correspondants, il aurait très bien pu le faire. Il pouvait ainsi si la question proprement islamique du « Triangle de l’Androgyne » présentait une réelle importance compléter son propre article sur cette question. Il ne l’a pas fait. Et comme nous l’avons déjà précisé le commentaire fait pour la tradition islamique par Michel Vâlsan concernant ce « Triangle de l’Androgyne » peut également se faire de façon tout aussi pertinente dans la tradition juive selon la science des Nombres et la science des Lettres hébraïques.

Ainsi dans la préparation de l’ouvrage posthume, M. Vâlsan devait se faire le plus discret possible, s’effacer totalement devant l’œuvre de René Guénon. Rassembler les articles sans ajouter le moindre commentaire sauf l’indication de la date de publication et de la revue concernée. Il ne devait en aucune façon faire état dans cet ouvrage posthume des courriers échangés avec René Guénon. Si M. Vâlsan souhaitait utiliser cet échange épistolaire pour le citer et en faire un commentaire, ce qui était tout à fait son droit légitime, il devait alors proposer ses propres explications dans un ouvrage à part et sous son propre nom d’auteur.

Sur la question de la correspondance, notre point de vue n’est pas influencé par l’existence d’un pseudo-maître. Nous sommes simplement à l’écoute de René Guénon lui-même (Voir les post-scriptum et notamment celui reproduit ici  http://blog-bruno-hapel.blogspot.com/2018/11/rose-cross-books.html) et nous n’avons aucune raison de ne pas respecter sa vie privée. Nous ne sommes pas sous l’emprise d’une « théorie formée ».  Mais il est bien certain par contre que M. Gayat n’est pas dans la même situation de détachement. Car si  la correspondance n’est pas reconnue comme partie intégrante de l’œuvre de René Guénon, les titres donnés à Michel Vâlsan comme continuateur, comme maître éminent, comme « guénonien » d’exception deviennent alors injustifiables…

Il est vraiment significatif de voir que ceux qui sont les plus favorables à la diffusion des lettres écrites par René Guénon sont en tout premier lieu les universitaires. On ne peut en être surpris puisqu’ils n’ont qu’un objectif celui de profaner. On ne doit pas être étonné par contre de voir que ceux qui les suivent avec tout autant de persévérance sont les orientalistes soufis (Occidentaux convertis ou Musulmans de souche plus ou moins occidentalisés). Ces orientalistes soufis sont parfois et souvent d’ailleurs des universitaires. On pose ainsi une sorte de distinction tout à fait étonnante entre des universitaires musulmans soufis déclarés comme respectueux de la tradition et les autres universitaires déclarés comme des profanes. Nous n’y voyons pour notre part qu’un seul ensemble : des individus hostiles à l’esprit traditionnel.

vendredi 2 novembre 2018

La disqualification


La disqualification

 Voici ce que nous avons écrit (https://brunohapel.blogspot.com/2018/10/rene-guenon-le-solitaire.html) sur notre blog comme dans notre ouvrage intitulé René Guénon et le Roi du Monde (souligné par nous en gras avec un ajout de texte en rouge) :

« Dire que nous approchons du terme de la présente humanité, c’est nécessairement reconnaître que la disqualification doit avoir force de loi. La fin d’un cycle étant en correspondance inverse avec son origine, la tendance qualifiante du temps présent doit être à l’image de la tendance disqualifiante de l’âge d’Or ! Ainsi c’est non sans regret que nous [l’humanité…] devons confesser notre disqualification irrémédiable. Que l’on se rassure cette tendance disqualifiante ne peut être absolue. Il nous faut calmer ces quelques frémissements d’impatience condescendante. Car enfin, peut-on avoir l’outrecuidance de nier la qualification de tel ou tel ? En Occident n’y a-t-il pas eu René Guénon ? Et bien oui justement, car voici l’exception qui confirme la règle. »

Nous n’avons donc jamais parlé de notre propre qualification ou disqualification. Le « nous » représentant l’humanité, nous n’avons jamais exclu les exceptions. Le ton un peu ironique de notre texte était fait pour moquer les prétentions de ceux qui se voient justement comme des exceptions sous l’effet d’un ego surdimensionné.

jeudi 1 novembre 2018

Tantrisme ou pseudo-tantrisme ?


Tantrisme ou pseudo-tantrisme ?


Le Tantrisme est vraiment à la mode. Il reste neutre face à l’affrontement des représentants modernes des traditions du Livre. De très nombreux sites sur internet lui sont dédiés. Et la revue Cahiers de l’Unité lui offre ainsi une place de choix.

M. Marc Brion qui se présente comme très informé des secrets les plus secrets puisqu’il sait tout de la génération spirituelle de René Guénon…(https://www.cahiersdelunite.com/generation-spirituelle-guenon), même si ce dernier n’a jamais rien indiqué à la différence de Râmana Maharshi notamment, nous livre dans le numéro 3 des Cahiers de l’Unité le secret des « Cinq Makâras ».


Cette revue recrute des auteurs extrêmement compétents, capables de donner les « expressions + régulières + de la conscience + de l’unité + essentielle de + toutes +  les formes traditionnelles ». Et ses auteurs « sont capables de comprendre les principes métaphysiques et d’en tirer les conséquences ». On attend donc de M. Brion quelque chose de particulièrement brillant comme son nom (ou son pseudonyme ?) nous le laisserait entendre.

Nous allons donc parcourir son article et oser le commenter.

La note 1 nous apprend que la description complète de ce rite tantrique  n’existe pas en raison de son caractère secret. On ne comprend pas alors si M. Brion va nous révéler ce secret ou au contraire entériner le fait qu’il est secret et donc qu’il n’a pas grand-chose, sinon rien, à en dire.

Dans sa simple traduction du titre, M. Brion n’est déjà pas très clair. Pancha-Makâras signifierait « Cinq M » [cela fait un peu penser au nom d’un groupe de rap «5 M » ou au « Chanteur M »]. Pancha correspond bien au nombre cinq mais Makâra ne peut pas être simplement traduit par « M ». Dans son analyse, M. Brion mentionne « kara » et non « kâra » et de plus il le traduit par « faire » ce qui est erroné. C’est la racine KRi (K et r voyelle) qui correspond au verbe « faire », « kara » tout comme « kâra » ne sont que des dérivations, signifiant respectivement  « ce qui fait » et « ce qui est la nature de ce qui fait = l’acte ». M. Brion n’a pas bien relu son texte puisqu’il oublie la voyelle longue (et donc l’accent circonflexe). Il parle ainsi de Ma-kara et non de Ma-kâra. Il s’agit donc des cinq rites par le son Ma (il n’y a pas vraiment de lettres en sanscrit mais uniquement des syllabes, la voyelle  « a » pouvant être modulée vers une autre voyelle).

M. Brion nous explique alors que cette pratique rituelle consiste à consommer pour les initiés de la viande, du poisson, du vin, des céréales grillées et à pratiquer l’union sexuelle. Hyper cool donc… Dans une note, M. Brion fait une longue citation (souligné par nous) :

« Voici comment une autre modalité, bien connue au demeurant et généralement désignée comme dakshinâchâra, a été évoquée oralement, en 1994, par une tantrika de Bakreshwar, au Bengale-Occidental : Les tantrikas « méditent sur les pañchamakâras, lesquels ont beaucoup de significations secrètes. Par exemple, madya n’est pas le vin, mais plutôt une [technique] spéciale de respiration (prânâyâma) qui emplit de puissance. Mâmsa (viande) signifie “silence”, c’est-à-dire le contrôle de la parole, tandis que matsya (poisson) représente le déroulement de l’énergie de la kundalinî qui ressemble à un poisson quand elle est éveillée (jagrata) […] Maithuna [acte sexuel] est la montée et la descente de la kundalinî dans la colonne vertébrale, lesquelles unissent les côtés droit et gauche, les moitiés masculine et féminine de la personne. Mûdra [céréales] désigne la transe [le samâdhi ou « enstase »] spontanée lorsque l’Esprit universel [le « Suprême Soi »] (Paramâtmâ) et l’“âme vivante” (jîvâtmâ) sont unis. Les relations des différents doigts de la main, auxquels la plupart des gens pensent quand il est question de mûdras, représentent en réalité ces rapports à un degré plus profond. Par exemple, le pouce représente l’Esprit universel [le « Suprême Soi »] et l’index correspond au “moi individuel” ; le mudrâ lors duquel ils se touchent représente leur union. Le troisième doigt [le médius] est Shaktî, le quatrième est Shiva et le cinquième est Dakini ou Yoginî. Les mudrâs surviennent spontanément lorsque les gens sont en transe [en samâdhi] ». »

S’agit-il du fameux secret qui nous est révélé par cette tantrika bengalaise ?  Non, mais un simple jeu de correspondances, certaines un peu douteuses, que l’on pourrait multiplier indéfiniment sans rien dire sur le fond ni parvenir à bien grand-chose.

M. Brion va alors nous distiller de longues citations de l’œuvre de René Guénon. Il explique ainsi ce qu’est un rite, un symbole, etc. Puis il va dénoncer les erreurs modernes concernant le tantrisme avec toujours de longues citations de l’œuvre de René Guénon.

Il en vient à écrire ceci:

« Le rite des « Cinq M » est une méthode de réalisation qui relève des applications « techniques » de la doctrine dans sa dimension ésotérique. Il entre d’autant moins en conflit avec la smriti qu’il est normalement strictement secret. »

Puis en note (souligné par nous) :

     «  À notre époque, en Inde, sous la pression et les menaces de l’exotérisme, de sa variante déviée de caractère politico-idéologique puritaine, de l’influence occidentale ou des « clubs communistes contre la superstition », les doctrines et les méthodes du véritable Tantrisme ne sont pas secrètes désormais, comme ce fut toujours plus ou moins le cas, mais extrêmement secrètes. »

Logiquement, M. Brion ne devrait plus pouvoir nous dire quoi que ce soit sauf à nous parler du pseudo-tantrisme, le seul que l’on connaisse aujourd’hui. Mais pourtant il poursuit, on peut ainsi lire un peu plus loin (souligné par nous) :

« Certains ont voulu expliquer le rituel des « Cinq Makâras » par la nécessité de dépasser l’attachement à des formes extérieures ou pour « transcender le pur et l’impur », mais ces aspects ne peuvent avoir qu’un rôle subsidiaire puisque les rites ésotériques ne sont pas dépendants de l’exotérisme. Comme nous l’avons vu, le rite relevant exclusivement du domaine initiatique, la transgression ne peut être qu’apparente. Évidemment, nous ne parlons pas des déviations ou des parodies du rite qui, elles, sont transgressives puisqu’elles relèvent du domaine de l’erreur. Si la « transgression », envisagée à des fins spirituelles, était la raison d’être de ce rite, toutes ses composantes seraient interdites par les lois qui régissent le domaine exotérique, or ce n’est pas le cas. Ainsi, la consommation de céréales (mudrâ) n’a strictement rien de transgressif pour aucun des membres de la tradition hindoue. Pour la viande (mâmsa) et le poisson (matsya), la question est beaucoup moins tranchée et plus complexe qu’on ne le croit en général, mais ce caractère est également inexistant pour une partie des membres de la tradition hindoue admis à l’initiation, ne serait-ce notamment que pour les shûdras et les chândâlas, et aussi pour les mlecchas, même si ceux-ci ne furent jamais qu’une minorité. En tout cas, on peut remarquer qu’il n’a un tel caractère que pour les hindous smârtas (qui suivent strictement la smriti). »

On peut se demander si M. Brion sait de quoi il parle et de qui. Ainsi moins on est qualifié et plus on est apte à suivre la voie tantrique, très adaptée donc aux basses castes, aux hors castes et aux étrangers à la tradition hindoue. On croirait entendre le discours d’un évangéliste qui vous promet le Paradis pour tous et sans effort. Nous avons affaire à une sorte de tantrisme pour les nuls tout à fait en accord avec la grande illusion propre à la fin du Kali-Yuga.

M. Brion comme la tantrika du Bengale paraît apprécier lui aussi les correspondances improbables comme par exemple à propos des « Trois M » (Tri-Ma), Mâmsa, Madya et Maithuna. Il indique en note :

« La réduction des cinq offrandes (upachâra) à trois, qui sont les plus importantes, est à mettre en correspondance avec les trois mondes : sensible, subtil et spirituel. »  

Puis un peu plus loin, avec une assurance totale, il dépose toutes ces correspondances d’une traite :

« Les « Cinq M » correspondent ainsi aux cinq sens et aux cinq Éléments : Mudra, céréale, au sens de l’odorat et à l’élément Terre ; Matsya, le poisson, au goût et à l’élément Eau ; Madya, le vin, à la vue et au Feu ; Mâmsa, la viande, au toucher et à l’Air ; Maithuna au sens de l’ouïe et à l’Éther. Le rite des « Cinq Makâras » représente en réalité un processus de résorption des différents éléments constitutifs de la manifestation individuelle dans leur principe. Il offre ainsi la possibilité de sortir des conditions individuelles en s’affranchissant des déterminations particulières et limitatives (upâdhi) de l’existence corporelle, qui sont regardés comme autant de liens. Loin d’encourager ou de promouvoir ce dont les profanes l’accusent, à savoir un prétexte à des comportements hédonistes et licencieux ou à une exacerbation déréglée des sens, le Tantrisme, avec le rite initiatique des Pañcha-Makâras, vise au contraire à la disparition ordonnée de toute « sensualité ». »  

Et ainsi nous avons droit à sa note 48 en rapport avec les conditions individuelles (souligné par nous) :

 « À partir des doctrines hindoues, René Guénon a établi les correspondances existant entre les cinq éléments et les cinq sens dans « Kundalinî-Yoga » et dans « La théorie hindoue des cinq éléments » : à la Terre correspond l’odorat ; à l’Eau, le goût ; au Feu, la vue ; à l’Air, le toucher et à l’Éther, l’ouïe. Il a également mis les éléments et les sens en correspondance avec les cinq conditions de l’existence corporelle : l’espace, le temps, la matière (dont le nombre est le véritable fondement), la forme et la vie; ce que Palingénius réunit en une seule définition en disant qu’un corps est « une forme matérielle vivant dans le temps et dans l’espace » (« Les conditions de l’existence corporelle », La Gnose, 1912, p. 10). Dans ce texte, il a établi que le temps correspond à l’Éther et au sens de l’ouïe, l’espace étant en correspondance avec l’Air et au sens du toucher (Sur le rôle du sens du toucher dans le Tantrisme, cf. Ernst Fürlinger, The Touch of Śakti. A Study in Non-dualistic Trika Śaivism of Kashmir, New Delhi, 2009). La publication de la revue La Gnose ayant été interrompue, la suite de son étude n’a pas été publiée, ni sans doute rédigée. Il n’a donc pas donné les autres correspondances. On pourrait néanmoins considérer que la forme correspond au Feu et à la vue, la vie à l’Eau et au goût, et le nombre (ou la matière) à la Terre et à l’odorat. Cependant, d’après quelques notes de Guénon remontant à fin 1910 - début 1911, mais auxquelles on ne peut toutefois pas donner un caractère définitif en raison de leur nature apparemment « provisoire », et qui figurent dans un document aimablement communiqué par M. Brecq intitulé : « Les conditions de l’existence corporelle. Correspondances avec les sens et les éléments », la matière (ou le nombre) correspondrait à l’Eau et au goût, et la vie à la Terre et à l’odorat. Quoi qu’il en soit, ces cinq conditions sont celles dont l’ensemble définit l’existence corporelle, qui est naturellement prise comme point de départ pour la réalisation aboutissant à la Délivrance. Celle-ci implique que l’être est libéré du temps, de l’espace, du nombre (qui est la base de la « matière »), de la forme et de la vie (même si cette Délivrance est accomplie « dans la vie »). »

M. Brion fait ainsi passer René Guénon pour un parfait idiot, pour un auteur qui ne sait pas ce qu’il veut et doit écrire, qui patauge. On ne peut pas être plus méprisant. Ainsi avec l’amabilité extrêmement suspecte de M. Brecq, Marc Brion cherche à porter un rude coup à la crédibilité de l’œuvre de René Guénon.

D’après lui il n’y a que pour René Guénon que ce n’est pas évident. D’après lui donc René Guénon n’y comprend rien. René Guénon n’étant plus là pour le remettre à sa place, alors M. Brion, à qui on ne demande rien, s’autorise à pérorer. Et puis il a eu connaissance de ce document manuscrit top secret : « Les conditions de l’existence corporelle. Correspondances avec les sens et les éléments » détenu par M. Brecq et alors René Guénon n’est plus qu’un jouet qu’on manipule. Attitude répugnante qui sent le soufre. M. Brion déclare : « quoiqu’il en soit », en gros il s’en moque complètement de ce que peut bien écrire René Guénon. Mais alors pourquoi écrire cette note, puisqu’il ne sait rien. Dans un cas comme cela, on se tait. Mais non, M. Brion se gargarise avec cette orgie tantrique de citations de l’œuvre de René Guénon, pour lui il n’est qu’un faire-valoir, mais sur le fond il se moque complètement de cette œuvre.

Ainsi René Guénon qui avait établi cette liste avec toute l’étendu de sa Connaissance n’aurait pas su lui-même à quoi elle pouvait bien correspondre. Cette liste n’est pas le fruit d’une traduction de termes orientaux. Cette liste a été élaborée avec des termes en français et seulement en français. Chaque terme a été minutieusement choisi par René Guénon et par lui seul.

Et c’est M. Brecq qui a donné tous les éléments utiles à cette déstabilisation mémorable. M. Brecq qui passe son temps à s’auto-décerner toutes les imprimaturs, qui déclare agir avec toutes les autorisations officielles, qui est le plus « traditionnel » parmi les représentants de la tradition. M. Brecq, qui doit tout à René Guénon, ne trouve rien de mieux à faire que cette ânerie pour le remercier. L’âne qui porte des reliques. On l’a vu faire cette déclaration (Cahiers de l’Unité, n°3 https://www.cahiersdelunite.com/postface-orient-occident, note 19) :

« Puisque l’occasion nous est donnée, nous nous permettrons d’ajouter que plusieurs auteurs, alors qu’ils rédigeaient telle ou telle de leurs études, nous ont sollicité pour savoir si René Guénon avait écrit sur certains sujets précis en dehors de ses ouvrages. Dans la mesure où leurs travaux présentaient les garanties d’orthodoxie traditionnelle, nous avons toujours répondu favorablement aux demandes qui nous ont été faites. C’est ce qui explique que l’on trouve dans leurs livres ou articles des passages de Guénon provenant de notre fonds de textes inédits.

Mais quand va-t-il cesser ce petit jeu funeste, cette singerie. M. Brion présente-t-il vraiment toutes les garanties d’orthodoxie traditionnelle ? Et M. Brecq peut-il en être juge ? Quand enfin prendra-t-il conscience qu’il serait temps de faire quelque chose d’honnête et de sensé avec SON fonds de manuscrits ? Quand prendra-t-il conscience qu’il n’est pas René Guénon et qu’il n’en a certainement pas l’autorité ?